Que faire de l’Hôtel du Nord

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Dimanche 25 mars 2018

En 2014, la municipalité fait l’acquisition de l’Hôtel du Nord pour 960 000 euros TTC, soucieuse de l’intérêt patrimonial du lieu, et de créer un des établissements publics structurants manquant dans le périmètre de la ville. Relais de diligence au XIXe siècle, les locaux transformés en Hôtel n’ont pas franchi le cap du temps puisqu’ils ont fait l’objet d’une liquidation en 2011.

L’opposition s’était à l’époque interrogée quant à l’opportunité de cet achat, voyant dans la démarche la satisfaction d’un souhait de Stéphane Bertin à cette époque encore dans les petits papiers d’Hélène Geoffroy. Pas sûre qu’aujourd’hui les choses se passeraient de la même manière, l’entente entre les deux têtes de liste n’est plus fusionnelle.

« Nous nous laissons le temps de la réflexion », avait dit à l’époque Hélène Geoffroy quant à son utilisation. Bien des équipements publics sont une priorité du mandat.

Rapidement squattée, la municipalité doit faire face à l’exaspération du voisinage inquiet par les fumées dégagées par des cagettes et des pneus utilisés pour se chauffer par les habitants non désirés de l’Hôtel du nord. Les ouvertures sont murées, seul aujourd’hui le terrain attenant sert de lieu de rencontre.

Quatre années plus tard, la réflexion n’a pas mûri puisqu’aucun projet n’est à l’heure sorti des tuyaux de l’exécutif. D’ailleurs, vu l’état des finances vaudaises même si les idées fusaient, il est peu probable que la municipalité investisse pour transformer le bâtiment qui nécessite un lourd investissement, quelle que soit sa destination.  

Nous avions émis en 2014 des réserves quant à l’utilité de cette acquisition. Le projet immobilier qui a été interrompu donnait des satisfactions puisqu’il s’intégrait dans le cadre du village bien mieux que certaines des constructions récentes. Quant à l’intérêt patrimonial, nous le cherchons encore.

Si l’acquisition de l’Hôtel HENI (encore un Hôtel) a du sens puisque l’emplacement est stratégique et la surface dégagée doit être maitrisée, l’acquisition de l’Hôtel du nord est quelque peu galvaudée.

La rue de la république doit faire l’objet de travaux d’envergures, peut-être est-ce une occasion pour la municipalité de reconnaitre son erreur et de revendre ce tènement immobilier.

Le dernier conseil municipal a été l’occasion pour l’exécutif de présenter les grandes lignes de sa politique budgétaire et par la même essuyer les critiques de l’opposition. C’est du côté de Saïd Yahiaoui pour les divers gauches que les remarques sont apparues acerbes, Bernard Genin pour les communistes s’est abstenu de manière très évasive, sans faire de polémique, sans doute n’a-t-il pas suffisant travaillé le dossier pour commenté le budget, s’appuyant sur l’expertise en la matière de l’ex premier adjoint. La droite par l’entremise d’un Sacha Forca parfois difficile à comprendre a fait son habituelle caricature de la politique de la ville.

Qu’en est-il en réalité. Le budget municipal s’élève pour 2018 à 105,478 millions d’euros en 2018 dans un article de notre brillant journal municipal alors que la presse locale l’évalue à 112 millions tel qu’inscrit sur le document présenté lors de la délibération. 112 millions d’euros donc près de 78 planifiés pour faire fonctionner la ville. Le personnel municipal y occupe une part prépondérante en évolution de 3,98% pour un budget de 47,8 millions d’euros. Il reste donc 34,5 millions pour la section investissement donc près de 5 millions en autofinancement. L’équilibre étant assuré par de l’emprunt. D’ailleurs nous ne comprenons pas bien d’où sortent les chiffres du bulletin municipal puisqu’il y est fait référence à 12,5 millions d’euros portant ainsi la dette à 70 millions d’euros alors que dans notre quotidien local, il s’agit de 10 millions d’euros jusqu’e 2020 donc 4 millions sur 2018.

Derrière les chiffres se dessine l’avenir de la ville. Autant dire sans faire de jeux de mots qu’il n’est pas rose. L’exécutif à son arrivée à la tête de la ville a hérité d’une situation qui après analyse ne pouvait conduire qu’à une catastrophe, voire à une mise sous tutelle telle qu’elle a failli se produire à Décines cette année. En effet, la politique de la ville et les grands travaux de démolition reconstruction débutée suite aux événements de 1990 ont eu un coût important à la charge des vaudais. Était-il nécessaire de les réaliser. Le présent nous laisse somme toute dubitatif à l’image du nouveau centre-ville qui n’a jamais trouvé ses marques. Et les vaudais ont largement contribué à ce financement à travers leurs impôts. Les plus élevés du Rhône.

En investissant massivement dans le renouvellement urbain, la municipalité n’a pas rénové les écoles et anticipé sur de nouvelles constructions. Elle en avait peut-être la volonté, mais pas les moyens. C’est un choix politique qui n’a pas beaucoup été critiqué à l’époque et que certains des élus socialistes qui siègent aujourd’hui au sein de l’exécutif ont validé.

Si aujourd’hui Hélène Geoffroy a le beau rôle en mettant en avant sa politique de transformation des écoles, il n’en demeure pas moins que la situation était passablement prévisible avant 2008 à l’heure ou elle était adjointe de Maurice Charrier en compagnie du feu René Beauverie dont une école va porter le nom.

Si le budget d’investissement est largement consacré aux écoles, il n’en demeure pas moins que les autres équipements comment à souffrir de vétusté, à commencer par l’Hôtel de Ville lui-même qui mériterait une mobilisation de plusieurs millions d’euros pour une transformation. La question peut même de poser quant à une reconstruction complète. Le centre communal Charlie Chaplin mériterait également une rénovation, notamment de ses extérieurs.

C’est donc une situation compliquée et la construction de la médiathèque n’est pas faite pour nous rassurer et si les impôts n’augmentent pas pendant ce mandant, il est tout à fait envisageable que cela ne soit pas le même refrain par la suite.

L’exécutif en 2014 a remis dans les cartons un projet de construction d’un centre nautique. Trop couteux pour les finances de la ville. La médiathèque répond de notre part aux mêmes critiques. Une architecture luxueuse dont la portée architecturale marquera le passage d’Hélène Geoffroy à la tête de la ville, comme le planétarium a marqué entre autres l’empreinte de Maurice Charrier. Une ville qui crie misère a le droit d’avoir du beau, mais à l’heure de la rationalisation des finances il faut raison garder.

La ville fait référence au rapport Orsonna. L’écrivain a été chargé à la demande d'Emmanuel Macron lui-même de rédiger une liste de préconisations sur l’avenir des Bibliothèques. Du côté des professionnels des bibliothèques, le document est accueilli plutôt froidement : si l'on met de côté les constats et observations, les propositions sont maigres. Mais, après tout, le rapport est aussi destiné à faire de la pédagogie auprès des élus. À Vaulx-en-Velin, l’académicien ne s’est pas déplacé, Noél Corbin, Inspecteur général des affaires culturelles est venu seul.

Ne cherchez pas de plan d’action concret, pas de financement, le rapport Orsenna n’en comporte pas. C’est juste l’art d’enfoncer les portes ouvertes. La sénatrice Sylvie Robert a rédigé un rapport sur le même sujet avec des recommandations très proches en 2015.

Tout le monde sait bien qu'il ne suffit pas de mettre des livres à disposition des usagers pou qu'ils lisent. Une bibliothèque, c'est de l'animation, de la valorisation, de la médiation, de la gestion des collections, etc. Bref, des bibliothécaires compétents, formés, et qu'on n'épuise pas sur des ouvertures en pleine nuit ou le dimanche à l'aube. Sinon, ils n'ont plus le temps de bien faire tout ce travail de valorisation, médiation, animation, et toutes ces belles bibliothèques construites à grands frais ne seront que des coquilles vides, sans lecteurs.

À Nantes, l’ouverture des bibliothèques le dimanche ne passe pas, les personnels ont lancé un débrayage ce vendredi 23 mars. Et rebelote le week-end prochain. Huit établissements, dont quatre médiathèques, sont fermés...

Dans le même temps, le rapport prévoit également de privilégier (surtout dans les villes petites et moyennes), lors de la rénovation ou construction de nouvelles bibliothèques, la mutualisation d’espaces avec des services intervenant dans le champ de la cohésion sociale (PMI, CCAS, Pôle emploi) et les maisons de services au public. 

À Vaulx-en-Velin, il faut s’en féliciter par le biais de nombreux acteurs, depuis de nombreuses années la lecture a été mise en avant. C’est un vrai défi collectif qui passe en premier lieu par l’école, les bibliothèques, les élus, mais les parents doivent également contribuer. Nuit de la lecture au planétarium, 11e édition des lectures multilingues, Musique et lectures pour tous, Ado'lire est un prix littéraire créé à l'initiative des bibliothèques de Vaulx-en-Velin en 2010.