Réforme des retraites : cette petite chose qui n'est pas un détail.

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Lundi 9 décembre 2019

Non, promis juré, c’est Anissa Khedher, notre député qui le dit, la réforme du calcul de la retraite pour la part sécurité sociale est purement systémique et n’a pas de visée budgétaire.

L’objectif est de conduire à l’universalité du calcul des retraites pour tout un chacun. Finis les 42 régimes spéciaux, place à la transparence et l’équité. Un euros cotisé = même retraite pour tous.

Par exemple, Avant 2010, les parlementaires pouvaient choisir de verser une double cotisation, qui augmentait à la fois le montant de leur pension et le nombre de leurs annuités. La double cotisation était possible pendant 15 ans, ils pouvaient ensuite cotiser 50 % de plus que la normale pendant 5 autres années. Ils pouvaient ainsi atteindre une carrière complète en 23 ans (au lieu de 40,5 ans). Certains parlementaires bénéficient encore de ce système.

Avec la réforme, quand vous travaillez, vous payez des cotisations. Votre employeur, si vous êtes salarié, en paye aussi pour vous. Et le montant total de ces cotisations est converti en points". Tout au long de votre carrière professionnelle, vous cumulez ainsi des points qui permettront de calculer votre retraite annuelle.

Avant la réforme pour les salariés du privé le calcul de la retraite était basé sur les 25 meilleurs années travaillés limité au plafond de la sécurité sociale revalorisées.  

Le maximum de retraite obtenu pour la part sécurité sociale ne peut excéder 50% du plafond de la sécurité sociale à condition d’avoir le nombre de trimestre correspondant à sa génération ou d’avoir 67 ans au moment du départ.

Si l’une ou l’autre de ces conditions n’est pas rempli, le taux est minoré de 0.625 par trimestre manquant.

Le Plafond Annuel de la Sécurité Sociale (PASS) 2020 est de 41 136 €. Donc en 2020 le montant de retraite annuel pour la part sécurité sociale ne pourra dans aucun cas excéder 50% de 41136 euros. Soit 20568 euros brut par an. Dans les faits, personne ne touche cette somme car la revalorisation des années cotisées est moins importante que la revalorisation du plafond de la sécurité sociale.

Avec l'instauration du régime universel de retraite par points, "un point correspondra à dix euros de cotisations", suggère le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, dans son rapport rendu en juillet. "La valeur du point servant au calcul de la retraite serait [alors] fixée à 0,55 euro". 

Lors du départ à la retraite, il faudra multiplier le nombre de points acquis par la valeur du point en vigueur à cette date pour obtenir le montant de sa pension annuelle. 

Par exemple, avec le cas de David, pioché dans le rapport Delevoye. Ce salarié travaille depuis 43 ans et il a touché tout au long de sa carrière 1,5 fois le Smic, soit 1 813 euros net. Les cotisations salariales et patronales s'élèvent à 577,5 euros par mois (si on applique le taux de 25,31% préconisé par le rapport Delevoye). Sortez la calculette : 577,5 x 12 (mois) = 6 930 euros cotisés. Sachant qu'un point correspond à dix euros cotisés, vous divisez 6 930 par dix, et obtenez 693. David dispose donc de 693 points par an, et cumule ainsi, au bout de 43 ans de carrière, 29 799 points.

Ce qui fait 16 389 euros brut par an.  

Très bien pour un salarié qui a un profil linéaire. Cela ne devrait pas faire beaucoup de différence par rapport à la prise en compte des 25 meilleurs années.

Mais une personne qui a vu sa carrière progresser régulièrement en commençant ouvrier pour finir cadre n’est pas certain d’être gagnant avec la méthode du calculs à points par rapport au 25 meilleurs années.

 

De même pour une personne qui a une carrière chaotique.  

Le système "prendra aussi en compte, par des éléments de solidarité, les aléas de la carrière ou de la vie qui conduisent à des périodes d'interruption d'activité involontaires", promet le rapport Delevoye. "Des points seront accordés lors des interruptions d'activité subies. Des points seront financés sur la base des indemnités perçues en cas de chômage. L'effet sur la retraite des interruptions liées à la maternité ou à la maladie sera compensé par l'acquisition de points retraite", mentionne-t-il notamment.

 

Mais le flou règne encore sur le nombre de points accordés. Des observateurs ont aussi relevé que la récente réforme de l'assurance-chômage, en durcissant considérablement les conditions d'indemnisation, pénalisera les chômeurs touchés au moment de leur retraite : pas d'indemnisation, pas de points retraite.

 

Il y a donc beaucoup d’éclaircissement à apporter de la part du gouvernent pour lever toutes les incertitudes. Les seules que nous pouvons avoir c'est que si le resultat n'est pas au bénéfice des futurs retraités, ceux qui ont pondu la loi ne seront plus aux commandes pour se justifier. 

Thomas Petragallo