120 ans

Share

 

Mardi 24 septembre 2019

 

La centrale hydroélectrique du Cusset fête ses 120 ans, à cette occasion, il est possible de la visiter ce samedi 28 septembre, mais les places sont très limitées.Qui pourrait imaginer en regardant cet édifice son passé historique. Une page d’histoireCe qui va êtreréalisé́ aux abords de Vaulx-en-Velin à partir de 1892, c’est du jamais vu. C’est en tout cas le plus ambitieux projet lyonnais de la fin du XIXe siècle.

Les archives du journal municipal donne une idée de l’aventure de sa construction. L’idée un peu folle de creuser un canal et d’y installer une centrale électrique, on la doit à un ancien élève de La Martinière, Jean-François Raclet. Dès 1881, cet ingénieur couche sur papier une proposition et commence à frapper aux portes. Sa persévérance paye puisqu’il parvient à convaincre des financiers de la valeur de son projet.

En 1889, 36 industriels et banquiers unissent leurs ressources et créent le syndicat lyonnais des forces motrices du Rhône. Le grand soyeux, Joseph- Alphonse Henry en prend la présidence. A l’époque, l’industrie de la soie est en crise et la perspective de pouvoir motoriser les métiers à tisser est intéressante. Mais la presse se déchaine. Le scandale de Panama, relatif au creusement du canal entre Atlantique et Pacifique, affole l’opinion publique. La participation du baron Reinach, l’un des protagonistes de l’affaire, dans le projet lyonnais, attise les critiques. Les habitants y voient pourtant un double avantage : pouvoir entrer dans l’ère du confort moderne et faire baisser les notes de gaz et de pétrole. Le projet se fera donc.

L’aventure humaine peut commencer. Et quelle aventure ! A partir de 1894, plus de 3000 hommes s’attellent, à la force de leurs bras, au creusement des 19 kilomètres du canal de Jonage. C’est douze fois plus d’ouvriers que pour la construction de la tour Eiffel. Une véritable petite cité de baraquements est aménagée pour les accueillir du coté de la rize.

Il faudra quatre ans et des litres de sueurs, de larmes et de sang à cette armée de pelles et de pioches pour achever le travail colossal. Quatre ans à lutter contre les caprices du Rhône, à endurer les crues et les imprévues. Sur une chute d’eau artificielle de 12 mètres, 16 turbines sont installées. Le bâtiment qui les accueille a été́ pensé pour impressionner. C’est l’architecte Albert Tournaire, prix de Rome en 1888, qui est choisi pour en concevoir les plans. La façade néo-classique serait, dit-on, inspirée du château de Schönbrunn en Autriche. Celui de l’impératrice Sissi.

Dès sa mise en fonctionnement, la plus puissante usine hydroélectrique du monde fait son œuvre : la fée Electricité́ se démocratise et l’agglomération entame sa deuxième révolution industrielle. Le courant entre dans les entreprises, dans l’espace public (tramways et réverbères) et chez les particuliers. Des 73 foyers et ateliers abonnés en 1897, on passe à 1 000 en 1899. Les 4 000 sont atteints en 1900. L’avancée est si fulgurante que la centrale est à l’honneur lors de l’exposition universelle de 1900 à Paris. Un poème de Jean Sarrazin à la gloire du canal est même publié : “Jonage, de ton sein, va chasser les ténèbres”. Et ainsi, la lumière fut.

Depuis 1946 elle est exploitée par EDF, mais reste fermée pour le grand public.

Ce samedi 28 septembre, à l'occasion des 120 ans de la centrale, il sera possible de la visiter. Les places sont rares et de nombreux créneaux déjà complets, mais les plus rapides ont encore leur chance de découvrir ce lieu qui a marqué le développement de l'agglomération de Lyon. Il est impératif de s'inscrire dès maintenant via le site dédié ( http://120ans-cusset.inviteo.fr/). Attention, ce site n'est pas accessible aux enfants de moins de 12 ans et personnes à mobilité réduite. Pour des raisons de sécurité, une pièce d'identité est également obligatoire, ainsi que des chaussures plates et fermées.

Thomas Petragallo