Une ville, des Mémoires

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 Lundi 12 mai 2014

Chaque année Vaulx-en-Velin favorise la libre expression à travers des débats, des commémorations, des expositions pour se souvenir et honorer celles et ceux qui ont payé de leurs vies leurs engagements pour la justice, la paix et la liberté ou qui ont subit à travers les affres des guerres ou bien de la prédominance d’autres peuples, des actes condamnables.

Initiateur de cette démarche, Nass Hassani, nous a quitté il y a quelques jours après avoir lutté avec courage contre la maladie qui l’a emporté. Homme de conviction et d’une droiture reconnue de manière unanime par tous ceux qui l’ont connu ou simplement côtoyé, le meilleur hommage que nous puissions lui rendre c’est de continuer à faire vivre ce mode d’expression et venir nombreux partager les valeurs qui étaient les siennes.

Vendredi 9 mai à 19 heures au cinéma Les Amphis a eu lieu la projection du  film, « Routes de l'esclave : une vision globale ». C’est un documentaire d'éducation et d'information produit par l'UNESCO. Il présente la diversité des histoires et des patrimoines issus de la traite négrière et de l'esclavage. Destiné au grand public, il donne un aperçu de la déportation massive des populations africaines vers différentes parties du monde : Amériques, Europe, Océan Indien, Moyen-Orient et Asie. Le DVD met en évidence la présence africaine à travers les continents, les importantes contributions de la diaspora africaine à des sociétés d'accueil dans différents domaines (arts, religions, connaissances, agriculture, linguistique, etc.) sans occulter le racisme et les discriminations hérités de ce passé douloureux.

Au-delà du traumatisme de l'esclavage, ce film vise à illustrer la résistance et la résilience des victimes qui leur ont permis de survivre à ce système déshumanisant. Mais ce film, se limite à une démarche historique et ne met pas l’accent un point fondamental qui est ressorti du débat qui a suivi. « Nous sommes en train de rechercher qui nous sommes, de qui nous dépendons, d’où viennent nos racines. Nous avons été créé de toute pièce par une histoire sombre et à partir de là il faut que l’on puisse exister. Tant que nous n’aurons pas fait ce devoir de mémoire nous ne pourrons jamais être tout à fait bien dans nos têtes ». Tel est en substance le ressenti que nous avons eu à travers les propos de ceux et celles dont les origines prennent racines à travers ces 200 années de traitent négrières. Nous comprenons mieux pourquoi ce devoir de mémoire est nécessaire. Au-delà de l'abolition, c’est une réflexion générale sur l'ensemble de la mémoire de l'esclavage, longtemps refoulée, afin de la faire entrer dans notre propre histoire car elle s’en trouve indissociable. Comme il est dit dans le film, d’une certaine manière, si la civilisation européenne a évolué c’est au détriment de la civilisation africaine dont elle a pillé sa matière grise, réduisant en l’état de marchandise une grande partie de sa population. C’est également l’occasion de s'interroger sur la façon dont la mémoire de l'esclavage peut trouver sa juste place dans les programmes de l'école primaire, du collège et du lycée. La volonté également de développer la connaissance scientifique de cette tragédie tel que cela a été fait pour d’autres génocides afin d’enrichir notre savoir sur cette période sombre de l’histoire. C’est le moyen d'établir la vérité et de sortir de polémiques qui n’ont pas lieu d’être comme celle faite par le maire FN de Villers-Cotterêts qui refuse de célébrer l'abolition de l'esclavage pour des raisons obscures de repentance. C’est un déni de démocratie qui augure ce que peut-être le mode de pensée rétrograde de ces tenants d’une idéologie néfaste au rapprochement des citoyens. Il s’agit de reconnaissance afin de rendre pleinement compte de ce qui c’est réellement passé en Afrique, Le travail de mémoire est la plus fortes des compensations. Nous regrettons que le public ne soit pas venu nombreux lors de cette soirée d’une grande richesse autant humaine qu’intellectuelle. Il est indispensable d’apprendre de l’autre pour comprendre et les soirées comme celles-ci sont un moment unique.

La fin de la soirée à été ponctué par une démonstration de Bélé qui a été unanimement apprécié. A la qualité des danses produisent par la compagnie Bélé Set Art s’est associé un moment de convivialité partagé lorsque de nombreux spectateurs ont été conviés sur scène pour quelques pas de danses « endiablés ».