Pourquoi l’électeur est-il indécis ?

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Dimanche 26 mars 2017

Plus l’échéance des élections présidentielles arrive à son terme, et plus l’indécision nous ronge. Comme 54% des Français, nous n’arrivons pas à adhérer au programme de l’un ou l’autre des candidats comme nous avons du mal à adhérer à la mode des jeans déchirés.

Quand nous en  discutons autour de nous,  les gens sont complètement perdus. Nous connaissons les tendances politiques des personnes de notre entourage, mais pourtant peu d’entre elles   savent quel bulletin déposer dans l’urne et s’orientent soit vers un vote par dépit, soit par de l’abstention.

Les quatre semaines qui viennent vont être animées pour les candidats, car il va falloir convaincre. Il faut bien l’avouer, chat échaudé craint l’eau froide. « Moi président » a plus que de coutume démontré qu’un aqueduc de promesse ne laisse en finalité passer que quelques gouttes d’une eau parfois saumâtre.  Il a pris le relais d’un Nicolas Sarkozy qui a contribué à dévaloriser la fonction présidentielle. Deux quinquennats qui ont laissé des traces et marqué les mémoires.   

Si l’on examine de plus près ces cohortes d’indécis, qu’observe-t-on ? Que le vote pour la candidate Front national est le plus certain : 80% des électeurs de Marine Le Pen affirment que leur choix est définitif. Le taux de certitude est assez haut également chez François Fillon : 70% de ses électeurs disent qu'ils ne changeront plus d'avis. C'est un peu plus bas pour Jean-Luc Mélenchon avec 6 électeurs sur 10. Mais ce taux de certitude du vote plonge chez Benoît Hamon et Emmanuel Macron : 50% pour le socialiste, 49% pour le candidat d’En Marche.

Autrement dit, l’électorat de François Fillon est aujourd'hui plus restreint, mais plus solide que celui d’Emmanuel Macron. Celui de Jean-Luc Mélenchon plus sûr que celui de Benoît Hamon qui se placerait en cinquième place. Dure chute pour les socialistes.

Parmi les impétrants, celui qui avait viré en tête ces dernières semaines s’est pris les pieds dans le tapis en ôtant quelques poussières d’un des luxueux vêtements sur mesure qu’un généreux mécène lui a offert et qu’il a apparent rendu montrant ainsi encore plus d’incohérence dans sa défense. Celui qui prétend redresser la France déclare en septembre 2016 de « prêts familiaux » d’un montant total de 30 000 euros pour le « paiement de dettes fiscales », selon sa déclaration de patrimoine à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).D’autre part, ses mensonges à répétition ainsi que le sentiment d’un amour immodéré pour l’argent  lui font perdre chaque jour un peu plus de terrain. Il ne reste plus que quelques grognards sourds et aveugles pour croire que le sang et les larmes promis par le vainqueur de la primaire de droite conduiront le peuple de France vers un avenir source de progrès.

Cela ne va pas être facile pour Philippe Moine et Sacha Forca d’aller à la rencontre des vaudais pour vendre le programme de leur présidentiable à la morale douteuse. Un candidat  pas terrible, mais ils n’ont pas mieux en magasin. Les bruits de casseroles vont faire croire à un concert.

Nous nous sommes intéressés  à Benoît Hamon, mais à la lecture ses revenus après sa déclaration de patrimoine, nous avons aussi le sentiment que lui aussi est trop déconnecté de la réalité. Et quand il parle du revenu universel, il explique maintenant, après avoir dit que ce serait pour tout le monde, qu'il concernerait d'abord seulement les moins de 25 ans. Le rétropédalage n’est pas qu’un ajustement,  mais c’est aussi une manière de s’adapter pour  plaire au plus grand nombre.  D’ailleurs lors de son discours à Bercy ce sont de grandes généralités qu’il a lancé pour faire entendre à ses légions ce qu’elles voulaient entendre. Celui qui a passé son temps à savonner la planche du gouvernement dont il a pourtant fait partie ne trouve gère de soutient parmi les socialistes. Ils ne sont pas nombreux les éléphants à s’afficher avec lui. Le soutien des verts lui est acquis au prix d’investitures pour les législatives. 

Sa candidature a été parrainée au niveau Vaudais par Pierre Dussurgey maire, Stéphane Gomez  Conseiller  métropolitain,  Hélène Geoffroy Conseiller métropolitain qui ne siège pas depuis sa nomination au Secrétariat d’État, mais qui peut-être perçoit ses indemnités ?

Bernard Genin quant à lui soutient Jean Luc Mélenchon, mais pas de prise de position de Murielle Lecerf ni de Morad Aggoun.  

Profitant d’une conjonction des planètes plus que favorable (Valls dégommé sur sa gauche, Juppé hors circuit à droite, Bayrou rallié au centre, Fillon dans la glue), Emmanuel Macron a réussi il faut l’avouer un premier exploit digne d’intégrer le Guinness des records. Obtenir les soutiens de Robert Hue ancien secrétaire du Parti communiste Français jusqu'à celui du très libéral Alain Madelin en passant par Daniel Col-Bendit chantre de l’écologie politique. Un sacré coup de râteau.

Mais qu’est-ce que l’intelligentsia peut trouver au jeune prodige de la finance formé à la manœuvre politique par le maitre en fourberie qu’est François Hollande.  De jacques Attali à Alain Minc, les grands penseurs se rapprochent prodiguant bien entendu les conseils qui seront nous en sommes certains ceux à ne surtout pas retenir.

Et ils ne sont pas les seuls à promouvoir l’homme providentiel. Tel un trou noir, Emmanuel Macron attire à lui une part croissante de socialistes. Ils y a les convaincus de la première heure, mais également ceux qui sont mal à l’aise dans le bateau qui tangue de la belle alliance. Il faut dire que soutenir sans retenue ceux qui ont pourri le quinquennat de François Hollande n’est pas une évidence. Il y a bien quelques ministres ou secrétaires d’État qui n’ont franchi le pas comme Nadjet ou Hélène Geoffroy, mais n’est-ce pas plus par calcul électoral que pas conviction ?

Les ralliements ou « rapprochements » continuent et s’accélèrent au fur et à mesure que le jeune prodige monte dans les sondages.  Et de tout bord.  Thierry Braillard Secrétaire d’État aux sports dont le parti PRG suit pourtant Benoit Hamon, Dominique Perben ministre de la Justice de Jacques Chirac candidat malheureux à la mairie de Lyon. Il avait été battu en 2008 par Gérard Collomb premier soutient d’Emmanuel Macron. Michel Mercier, ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy et sacré gestionnaire qui a fait perdre au département plusieurs centaines de millions.

Lorsque des députés sortants tels Erwann Binet, Barbara Pompili, François de Rugy se rapprochent de Macron, c’est bien sur un acte sans contrepartie. S’ils perdent l’investiture de leur parti et recueillent celle d’En Marche ce ne sera pas le fruit d’une négociation, mais un pur hasard  confié à des anciens de la politique.

Car la politique ne se fait jamais totalement... sans professionnels de la politique. Sur les neuf membres de la commission d’investiture, seules l'avocate Laetitia Avia et la consultante en marketing digital Margaux Pech viennent uniquement de la "société civile", souligne l’hebdomadaire Marianne.

Les sept autres sont des politiques de carrière, plutôt classés à gauche dans l’ensemble. Âgé de 70 ans, le président de ce comité Jean-Pierre Delevoye a, pour sa part, été tour à tour maire de Bapaume, conseiller général, député et sénateur du Pas-de-Calais (RPR puis UMP), ministre de Jacques Chirac et président du Conseil économique social et environnemental. "Le renouvellement, ce n'est pas le jeunisme. Nous avons aussi besoin de hauteur de vue et de distance pour l'exercice difficile que nous avons à mener", défend Catherine Baroux, également membre de la commission d’investiture, citée par Le Figaro. "C'est une personnalité respectée qui n'est suspecte par personne de connexions avec qui que ce soit", renchérit un proche d’Emmanuel Macron.

Mais la liste ne s’arrête pas là : Catherine Baroux fut pour sa part collaboratrice de l’ancien maire PS de Marseille Gaston Defferre, membre de plusieurs cabinets ministériels pendant les mandats présidentiels de François Mitterrand, déléguée générale à l'emploi sous les ordres de Martine Aubry ou encore directrice générale des services de la région Ile-de-France, lorsqu’elle était présidée par le socialiste Jean-Paul Huchon. On peut encore citer Christine de Veyrac, eurodéputée UDF, UMP puis UDI et ancienne collaboratrice de Valéry Giscard d'Estaing, la sénatrice PS Anne Emery-Dumas ou encore le député socialiste Jean Launay. Moins connus, un certain "Cédric O", ancien collaborateur de Dominique Strauss-Kahn et de Pierre Moscovici ou encore Marlène Schiappa, collaboratrice de Laurence Rossignol, ont également été désignés pour sélectionner les "marcheurs".  Autant dire qu’il va falloir penser aux copains et aux copains des copains avant de regarder les illustres inconnus.

Qu'est devenu le mouvement qui se voulait citoyen ? C’est une vraie auberge espagnole qui se dessine autour du projet d’Emmanuel Macron qui induit complexité et questionnement.  Comment concilier la vision de Robert Hue et celle d’Alain Madelin. Comment des personnes qui ont défendus pendant des années en parlant de conviction le clivage droite-gauche peuvent trouver brusquement des points de convergences. Il y a du frondeur en puissance. 

Sur Vaulx-en-Velin, le soutien à Emmanuel Macron balbutie. Nous avons trouvé sur internet deux comités et la distribution de tracts sur les marchés se veut encore hésitante. À noter le retour au premier plan de Djamila Boughera qui en adepte du grand écart après avoir soutenu les communistes lors des dernières municipales, puis Alain Juppé pendant les primaires de la droite reprend une position plus centrale en compagnie de Christine Bertin qui suit la démarche initiée par François Bayrou. Cette dernière peut trouver un soutien en la personne de Murielle Laurent Conseillère métropolitaine et employée municipale qui a donné son parrainage à Macron.  François-Xavier Pénicaud caricature politique s'il en est,  a enfin trouvé sa voie après avoir longtemps bifurqué,  avec la perspective d’une investiture sur la 7éme circonscription du Rhône. Il s’y emploie, mais les prétendants et prétendantes sont nombreux.  Gérard Collomb lui même aimerait bien poussé  un de ses élus.    

Nous n’avons pas très envie de donner  à Emmanuel Macron les clés du camions, pas plus qu'aux autres candidats.

V.L