Une bien mauvaise image des hommes politiques

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Lundi 17 avril 2017

La lettre à Claudie d’Yves Blein député/maire de Feysin nous a donné envie de réagir. Celui qui reçut l’investiture socialiste pour la 14ème circonscription du Rhône se sert de sa camarade de section pour nous informer qu’il ne soutiendra pas Benoit Hamon, le candidat désigné par la primaire de gauche qu’il a d’ailleurs lui-même organisé dans le Rhône, mais apporte sa voix au prophète Emmanuel Macron.

Le député vallsiste  n’était pas opposé à un ralliement du candidat PS à Emmanuel Macron en cas de mauvais sondages. Ce qui est le cas aujourd’hui ou la barre des 10% va devenir un challenge.  « Je militerai, en tout cas pour ce qui me concerne, pour qu’il n’y ait qu’un candidat de gauche au premier tour de l’élection présidentielle, qui peut être, parmi les gens qui se réclament de la gauche, toute personne susceptible de faire gagner la gauche » avance Yves Blein avant la primaire, pensant que ce serait Manuel Valls qui en serait le vainqueur.  

Mais comme le candidat PS n’est pas Manuel Valls et que jamais Benoit Hamon  se ralliera  à Emmanuel Macron c’est Yves Blein qui fait le choix de sortir du cercle tout en restant au PS, car ce dernier se refuse à soutenir un candidat et un programme auquel il ne croit pas. Il rejoint en cela une bonne partie des élus socialistes du Rhône qui ont déjà franchi le pas à la suite de Gérard Collomb.

La belle alliance à du plomb dans l’aile.  Qui aurait vu les chevaliers de la Table ronde abandonner le roi Arthur. Nous aurions pu croire que la loyauté et le respect de la parole donnée sont la règle première d’un parti politique, mais ce n’est pas le cas. À Vaulx-en-Velin, à plusieurs reprises la charte signée lors des municipales par les socialistes a été bafouée sans que cela ne pose de problème de conscience à ceux qui prétendent élever le principe des valeurs au-dessus de tout.  Le respect et la dignité se perdent.

Avec le recul et ce que nous donnent comme spectacle les politiciens, la décision d’Hélène Geoffroy de mettre fin dans des conditions épiques aux fonctions d’adjoints de Stéphane et Christine Bertin apparait risible. Tout porte à croire aujourd’hui qu’il fallait éliminer un élément qui aurait pu lui faire de l’ombre. Nous reviendrons sur ce point plus en détail lors de notre bilan de mi-mandat.

Que va faire l’équipe d’Emmanuel Macron du ralliement d’Yves Blein et que va faire le comité d’investiture du PS ? Va-t-il être sanctionné par son parti, ce que l’on a du mal à croire, car le parti risque de se vider de ses cadres. Yves Blein  va-t-il conserver l’investiture socialiste.

Il serait quand même drôle de voir un candidat socialiste se présenter contre un candidat macroniste dont il a soutenu le programme. Imaginons la tête des électeurs. Yves Blein va-t-il postuler à l’investiture « En Marche » ?

Nous comprenons mieux pourquoi Emmanuel Macron ne donnera la liste des investis qu’après les élections présidentielles. Sur le Rhône cela risque d’être très étriqué avec tous les élus  socialistes à caser. Sans compte le secrétaire d’État aux sports qui  lui aussi à fait un choix contraire à celui du PRG.

Pas étonnant que les électeurs séduits un premier temps par le prophète se posent des questions. Les contradictions soulevées par le programme et les propos d’Emmanuel Macron laissent planer des doutes sur sa crédibilité à diriger la France, mais pas seulement. Comme l’a démontré l’économiste, François Langlet, celui qui prône l’ubérisation a constamment favorisé les entreprises pendant sa présence au gouvernement. La politique qu’il propose n’est ni plus ni moins que celle mise en place en Allemagne ou en Angleterre avec pour résultat une baisse du chômage tel que définie par les critères, mais une hausse du nombre de travailleurs pauvres.  « working poor » en anglais s'utilise pour décrire des personnes qui ont un emploi la majorité de l'année, mais qui demeurent dans la pauvreté, du fait de la faiblesse de leurs revenus (revenus d'activité plus prestations sociales).

En France, un million de personnes exercent un emploi, mais disposent d’un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté (revenus mensuels sont inférieurs à 840 euros ou 1 000 euros après impôts et prestations sociales (Insee, données 2014)). Si l’on comptabilise toutes les personnes qui vivent dans un ménage pauvre et dont le chef de famille travaille, il faut multiplier ces données par deux environ.

Le programme de Benoit Hamon met en avant un fait que nous partageons. Il faut cesser de croire à la valeur universelle du travail et accepter de diviser le monde en deux : ceux qui travaillent, soit parce qu’ils peuvent s’intégrer dans ce processus, soit parce qu’ils sont en situation de créer leurs propres activités, et ceux qui ne travaillent pas au sens classique du terme, mais qui participent à la société par leur présence et leur disponibilité.

Il faut désacraliser le travail. Si le travail a été jusqu’à présent indispensable du fait d’une faible productivité, il n’est plus nécessaire au troisième millénaire dans la forme actuelle et la vie doit être pensée autrement. La société doit être pensée autrement. 

C’est novateur d’exprimer cela dans un programme des présidentielles et sans doute Benoit Hamon n’a pas assez travaillé le sujet pour le rendre crédible. Le propre des visionnaires c’est d’être en avance sur leur époque et d’aller à l’encontre de l’ordre établi.

V.L