Ca va être jour de fête pour les retraités.

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vendredi 28 avril 2017

Qui va gagner et qui va perdre du pouvoir d’achat avec le programme d’Emmanuel Macron ? Après une première tonte faite sous le mandat de Nicolas Sarkozy, une seconde sous celui de François Hollande, le proverbe qui dit jamais deux sans trois va-t-il une nouvelle fois s’avérer. L’augmentation de 1,7 point de la CSG va frapper 60% des retraités.

Jean Pisany-Ferry, le conseiller d’Emmanuel Macron, l’a reconnu vendredi. "Mais attention, c’est parfaitement assumé" dit-il. L’idée, c’est de rendre le financement de la protection sociale plus équitable entre les générations, en supprimant les cotisations salariales pour le chômage et l’assurance maladie, et en les compensant par cette hausse de la CSG. La CSG qui pèse sur tous les revenus, pas simplement ceux du travail.

Emmanuel Macron considère que, comme la durée de vie s’allonge et qu’il y a moins d’actifs, il est normal que les retraités contribuent un peu plus. Mais pas tous les retraités : 40% d’entre eux, six millions quand même. Ceux qui touchent aujourd’hui moins de 1.200 euros de pension resteraient exonérés. Ils ne paient pas de CSG aujourd’hui, il n’en paieraient pas demain. Et la situation des 60% plus aisés est quand même tolérable. Le revenu moyen des retraités, qui prend en compte leur patrimoine, est de 2.060 euros par mois en moyenne, c’est plus que le reste des Français. Alors, autant y aller gaiement.

Après calcul : un retraité qui touche 1.400 euros nets de pension aujourd’hui, devrait payer chaque mois, une vingtaine d’euros de plus. Ça augmente proportionnellement aux revenus bien sûr. Mais l’objectif c’est que cet impôt nouveau compense une hausse de pouvoir d’achat pour ceux qui travaillent : un salarié au SMIC, qui ne paierait donc plus de charges, gagnerait lui 260 euros par an, près de 900 euros pour un salarié à 5.000 euros bruts.

Voilà la définition de la solidarité macronnienne, pas d’économies, mais un transfert de charge.

Mais en oubliant tout simplement qu’avant de percevoir leurs pensions, la plupart des retraités ont acquitté durant quatre décennies au moins de lourdes cotisations qui devraient leur avoir acquis quelques droits.

Par ailleurs, le candidat veut s’en prendre à l’emploi des provisions des régimes de retraite qu’il souhaite rediriger à hauteur de quelque 15 à 20 milliards d’euros en direction de l’investissement en entreprise, via notamment des fonds de pension (voilà l’ouverture au libéralisme commence) .Nous ne pouvons pas  ne reprocher aux retraités de nourrir quelque appréhension vis-à-vis d’une réforme qui n’est pas exempte de risques, si on ne l’assortit pas de sérieux garde-fous.

Or on peut douter sérieusement de la compétence et de la pertinence des autorités publiques pour définir ces garde-fous, alors que malgré leurs innombrables corps de contrôle et d’inspection, tous plus prestigieux les uns que les autres, elles n’ont pas su éviter toute une série des désastres financiers comme la faillite du Crédit Lyonnais, la recapitalisation forcée d’Air France, la descente aux enfers d’Aréva, le lent dévissage d’EDF ou la claudication persistante de la SNCF, tout le monde s’accordant en sus pour dénoncer la piètre qualité d’actionnaire de l’État. Mais un spécialiste des finances à la tête de l’état ouvre d’autres perspectives.

En outre, le candidat s’est fait fort d’exonérer de cet impôt 80% des redevables actuels de la taxe d’habitation, l’État venant se substituer à ces “affranchis” pour régler l’impôt communal. On glissera sur l’évident racolage électoral qui met en péril l’autonomie des collectivités territoriales, comme sur la croix qui est ainsi faite sur une véritable révision de valeurs cadastrales devenues folles. Mais le vrai problème, c’est que de mémoire de fiscaliste, de publiciste ou de contribuable, on n’a jamais vu l’État tenir ni complètement ni durablement ses engagements.

Les exemples abondent en effet où, prétextant toujours une circonstance imprévue ou quelque nouvelle condition, il rabote rapidement ses versements. Or, dans le plan Macron, on voit déjà poindre des exigences de bonne gestion des collectivités territoriales qui fourniront sans peine le prétexte nécessaire pour permettre à l’État de se désengager progressivement dans les années qui suivent. Et ce n’est pas aux retraités que l’on apprendra ce qui se passera alors, les collectivités territoriales ayant toujours eu une très fâcheuse tendance à transformer en impôt local les sommes que l’État ne leur verse plus.

Reste donc en suspens la question fondamentale de comment la suppression de 80% de la taxe d’habitation serait compensée. Hormis une simple promesse d’économie à l’image de celle de 50 milliards d’euros non tenue par François Hollande, Emmanuel Macron ne propose donc aucun « plan B » pour compenser son projet phare – et électoraliste – concernant la taxe d’habitation.

En bout de ligne, les Maires comme l’a justement rappelé Jean Pisani-Ferry dans une interview   diffusée par Boursorama pourront réajuster les impôts locaux, c’est-à-dire reporter le projet politique national d’Emmanuel Macron au niveau local sur les contribuables. En conclusion peut-on supposer que les impôts locaux risquent d’augmenter plutôt que de diminuer avec Emmanuel Macron à l’Élysée.

Par ailleurs, cette exonération parfaitement démagogique venant s’ajouter à celles déjà existantes incitera inévitablement l’immense majorité des locataires à demander toujours plus à leurs élus, puisqu’en définitive ils seront exonérés de toute participation aux charges locales. Or les retraités savent bien que c’est dans leurs propres rangs que se trouveront une bonne partie des contribuables qui, exclus de toute exonération, vont devoir au fil des ans faire face à de fortes augmentations d’impôts pour combler les déficits dus tant au cumul des moins-values à venir sur les concours que l’État va tailler en biseau qu’au coût des exigences croissantes de la démagogie ambiante.

On le voit, il règne plus qu’un certain flou sur les intentions du candidat. Cela fait pourtant partie des choses qu’un électeur a le droit de savoir avant de se déterminer. Enfin la poursuite ou l’abandon de la réforme actuellement en cours de la généralisation de la retenue à la source ne sont pas davantage évoqués, alors que les retraités actuellement assujettis à l’impôt sur le revenu peuvent légitimement craindre, la Gauche ne s’en est pas cachée, que ladite retenue ne serve de cheval de Troie à un prochain renforcement de la progressivité, via un nouvel impôt unique sur le revenu incorporant la CSG.

En résumé, il demeure beaucoup encore – et disons-le tout net – beaucoup trop de zones d’incertitudes pour un programme qui aurait dû tirer de sa publication tardive un degré supérieur de finition et d’information. Or ce dernier fait encore manifestement défaut. Quant à ce qu’on sait vraiment déjà ça craint…..

Les retraités n’ont nul lieu d’être satisfaits de mesures qui manifestement les rangent d’ores et déjà parmi les principaux perdants du programme du candidat.