La foire à l’embrouille

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Samedi 13 mai 2017

Décidément, les investitures façon « En Marche » font grincer des dents. Depuis l’annonce des candidats Gérard Collomb se fait appeler Arthur. La faute à un mépris total des promesses d’Emmanuel Macron en termes de parité et de renouvellement de la classe politique.

Les lecteurs de Médiavaulx pourront voir que nous avions anticipé cette configuration et émis des doutes quand à la crédibilité à donner à Emmanuel Macron. Quand nous annoncions une opération recyclage avant la désignation des investitures, c’est que tout était écrit d’avance dans le ciel lyonnais. 

Jean-Paul Bret fait partie des détracteurs du sénateur-maire de Lyon. Le premier magistrat PS de Villeurbanne a été sidéré d’apprendre que Bruno Bonnell avait été investi dans la 6e circonscription du Rhône face à Najat Vallaud-Belkacem. Et il crie à qui veut l’entendre que Gérard Collomb, "c’est Don Corleone".

"Gérard Collomb laisse entendre qu’il vient sauver la circonscription, mais en fait, il vient nous faire perdre et faire perdre le parti socialiste. Il ne vient pas nous soigner, il vient nous tuer. C’est du règlement de comptes", a annoncé Jean-Paul Bret au Progrès, faisant allusion à la justification de Gérard Collomb sur le cas Bonnell, expliquant que le mauvais score du PS à Villeurbanne lors de la présidentielle laissait présager de la cuisante défaite de Najat Vallaud-Belkacem.

"Il (Gérard Collomb ndlr) pense que c’est l’occasion d’étendre le système lyonnais à Villeurbanne. Le modèle de Lyon, c’est le fonctionnement dans un clan, dans la soumission", conclut le maire villeurbannais.

Quelque chose semble tout de même s'être cassé depuis les investitures. "Lyon, vitrine du mouvement En Marche en France, a dérogé aux principes du renouvellement. En même temps, aucun journal national ne parle de ce qui se passe ici peut-on entendre ça et la. C’est le recyclage du PS qui s’est mis « En Marche »

À la place des militants, nous nous poserions des questions. Il est certain que cela sera un des arguments de la campagne.

Du côté du Modem, la pilule est mal passée et on s’agite du côté de François Xavier Pénicaud qui est dans les starting-blocks pour se lancer dans la bataille des législatives sur la 7ème circonscription. L’envie de voir sa photo sur les panneaux d’affichage le transforme en lion.

Le mail de Jean-Paul DELEVOYE Président de la Commission nationale d’investiture qu’il a reçue n’a gère du l’enchanter. D’ailleurs nous avons questionné quelques prétendants, mais aucun d’eux n’a été ni reçu ni contacté.

Il risque de ne pas être le seul, la déléguée départementale du Rhône du Modem, Carine Frappa, a confié qu'une partie des candidats étaient prêts à partir en dissidence. Selon cette dernière, c'est Gérard Collomb qui serait à la manœuvre pour le département.

Dans un communiqué, le Modem 69 dénonce par ailleurs "une méthode de travail qui n'a pas permis d'associer à cette réflexion les différents acteurs qui ont amené Emmanuel Macron à la Présidence de la République."

Il n’y a pas que le Rhône qui suscite des interrogations. Après le couac des candidats investit à l’insu de leur plein gré comme Mourad Boudjellal président du FC toulon, le député-maire sortant de Sarcelles François Pupponi, Augustin Augier, membre fondateur d'ALIMA, une ONG médicale, fils de la vice-présidente du Modem Marielle de Sarnez, a démenti être candidat. « Des erreurs de copier-coller » ce justifie-t-on  du côté de la commission d’investiture.

Et puis il y a les poussés au retrait et les protégés.

« Je pense que ce n’est pas une bonne idée ». Gaspard Gantzer, conseiller communication de François Hollande, a annoncé ce vendredi soir qu’il avait renoncé à se présenter sous l’étiquette d’En Marche ! dans la deuxième circonscription d’Ille-et-Vilaine (Rennes).

Il faut dire que  Jean-Yves Le Drian L'ancien ministre de la Défense, allié du nouveau président également à la tête de la région Bretagne, n'aurait pas été mis au courant de l'investiture du camarade de promotion d'Emmanuel Macron à l'ENA, "Je découvre qu’En Marche investit un parachuté, un vrai parachuté, issu de la sphère médiatico politique parisienne. II vient en province par opportunisme. Il y a énormément de mépris dans cette décision. C’est aussi un problème d’éthique."

Six membres du gouvernement n'ont, à ce jour, pas de candidat de la majorité présidentielle en face d'eux dans leur circonscription.

Manuel Valls n’est pas un cas particulier. L’ex-Premier ministre n’est pas le seul à avoir été épargné par Emmanuel Macron et à n’avoir aucun adversaire de La République en marche (LREM) en face de lui pour les prochaines législatives de juin. Six membres du gouvernement ont découvert jeudi après-midi que, pour l’instant, le nouveau parti du nouveau Président ne présentait personne dans leur circonscription.

Et ce choix ne doit rien au hasard : il s’agit de personnalités socialistes qui se sont montrées prêtes – certaines plus que d’autres – à «travailler» avec le chef de l’Etat, voire à intégrer la future majorité. Ainsi, on retrouve la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Très discrète depuis le 7 mai, celle qui, jusqu’ici, était très dure en privé avec Macron lorsqu’ils siégeaient ensemble au Conseil des ministres, a fait savoir, via une déclaration devant ses militants d’Indre-et-Loire il y a quelques jours, qu’elle souhaitait concourir «sous les couleurs de la majorité présidentielle» tout en restant socialiste.

Le porte-parole du gouvernement et fidèle de Hollande, Stéphane Le Foll, est lui aussi laissé tranquille dans la 4e circonscription de la Sarthe, celle de François Fillon avant 2012. S’il a toujours exclu de quitter le PS pour rejoindre Macron – qu’il n’apprécie guère non plus… – le ministre de l’Agriculture plaide depuis plusieurs semaines pour que le PS travaille à la «réussite du quinquennat», quitte à se prononcer en faveur de la suppression de la taxe d’habitation pour 80% des foyers, mesures promises par le nouveau chef de l’Etat alors qu’il la critiquait en privé au moment de sa proposition par Macron.

Autre épargnée : la ministre du Travail, Myriam El Khomri dans la 18e de Paris. Sur les conseils de son mentor, Bertrand Delanoë, elle a appelé il y a quelques jours le secrétaire général d’En marche, Richard Ferrand, pour savoir si elle aurait de la concurrence sur sa droite alors que les anti-loi travail veulent lui faire la peau dans cette circonscription du nord de la capitale. Ferrand lui a expliqué qu’elle n’aurait «pas un tout petit mais un petit» candidat face à elle. Pour l’instant, elle n’a personne…

Enfin – mais ce n’est pas vraiment une surprise – le secrétaire d’Etat Jean-Marie Le Guen est aussi laissé tranquille. Il aurait aimé voir Valls prendre la suite de Hollande mais estime que Macron, avec son «rassemblement» gauche-droite, fait ce qu’il réclame depuis des années au PS. Résultat, il plaide pour un PS intégré à la future majorité tout en restant socialiste et n’a pas de candidat LREM dans la neuvième de Paris où il est député.

A ces quatre ténors du gouvernement Cazeneuve, il faut aussi ajouter Clotilde Valter (Formation professionnelle) et Ségolène Neuville (Handicap) qui n’ont personne dans leurs circonscriptions du Calvados (3e) et des Pyrénées-Orientales (3e). A noter, le numéro 2 du PS, Guillaume Bachelay, est lui aussi épargné dans l’ex-circonscription de Laurent Fabius (4e de Seine-Maritime) alors que le numéro 1 du PS, Jean-Christophe Cambadélis et le numéro 3, Christophe Borgel, sont visés à Paris et Toulouse. Mais selon ce que Ferrand a laissé entendre jeudi, ils pourraient avoir, d’ici à la semaine prochaine, un(e) candidat(e) face à eux s’ils ne faisaient pas la démarche de rejoindre LREM... et donc de quitter le PS.

V.L