La séparation des pouvoirs législatif et exécutif

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Vendredi 2 juin 2017

Soutenir la volonté du Président de la République de réformer la France n’est pas lui donner un blanc-seing en laissant élire des femmes et des hommes sous prétexte qu’ils portent les couleurs d’En Marche La République !

La France mérite une majorité prompte à engager des réformes, à être force de proposition et à porter un projet audacieux. Elle ne mérite pas un attelage hétéroclite sous couvert d’une Concorde nationale qui ressemble davantage à un grand bal d’opportunistes de tout poil.

 

J’ai vu des circonscriptions où les candidats n’ont pas été choisis pour leurs mérites, leur courage ou leur engagement mais pour leur capacité à ne pas faire d’ombre au candidat socialiste qui les oppose ou pour leur manque évident de charisme sans compter les circonscriptions où les candidats d’EMLR sont le résultat d’accord, de promesse ou de tambouille politicienne.

 

La République exemplaire prend un coup dans l’aile, Ferrand et Sarnez sont la réplique d’une secousse de la moralisation de la vie publique et la chanson de Dalida Paroles Paroles résonnent à nos oreilles … "Caramels, bonbons et chocolats, merci pas pour moi … Paroles, paroles, paroles, paroles, paroles et encore des paroles que tu sèmes au vent …"

Je connais des circonscriptions où les candidats EMLR issus du PS ont, pour respecter le principe de l’ouverture, choisi des suppléants d’une droite dure qui tient à rester debout et qui ont milité sur le site Macron dégage jusqu’à l’effondrement de Fillon dans les sondages.

Je connais des circonscriptions où les candidats investis ont changé 5 fois d’étiquette et leur probité laisse planer un sérieux doute sur leur capacité à voter la loi de moralisation de la vie publique tant les intérêts commerciaux de leur famille sont étroitement liés aux marchés de la mairie qu’ils dirigent.

En Marche ! a porté un formidable espoir pour renouveler un système politique éculé, pour donner un nouveau souffle à nos institutions et pour laisser émerger une nouvelle génération de femmes et d’hommes.

 

La République en Marche ! a flingué ce formidable espoir comme si le fait d’associer République et En Marche annihilait la volonté démocratique d’un peuple de prendre en main son destin. Les marcheurs ont été arrêtés dans leur élan, remplacés par les chemises bleues des partis traditionnels avec leurs habitudes, leurs défauts et leurs errements. Devons-nous craindre de s’être fait voler notre révolution ? Malheureusement, je le crains. Nous y avons cru et nous voulions que les pratiques d’un autre temps changent. Et finalement sous couvert d’ouverture et de rassemblement, nous assistons à l’intention de voir naître un grand parti (unique) s’imposer à l’Assemblée Nationale avec l’engagement de ne pas empêcher le gouvernement de conduire la politique voulue par le Président.

Quand Emmanuel Macron a été élu, journalistes et observateurs voyaient en lui Napoléon mais ils se sont trompés d’empire, ce n’est pas Napoléon Bonaparte que les Français ont élu mais Louis Napoléon Bonaparte, président jeune, défenseur d’une république qui œuvre au bien commun et qui impose l’autorité de l’Etat à tous.

 

Finalement Emmanuel Macron aurait pu paraphraser Napoléon III : « dans un gouvernement dont la base est démocratique, le chef seul a la puissance gouvernementale ; la force morale ne dérive que de lui, tout aussi remonte directement jusqu'à lui, soit haine, soit amour ». Et si le macronisme était le bonapartisme du XXIe siècle ? Le 3e en pire ?

Autorité de l’Etat et souveraineté du peuple, la dichotomie du nouveau Président qui comme Napoléon III s’appuie sur un entourage composé d’hommes et de femmes dont les intérêts et les motivations sont très divers et même parfois contradictoires. Et pour que cela fonctionne, il faut de l’autorité, celle d’un chef avec l’approbation des électeurs.

Qui sont ces candidats macronistes qui se présenteront les 11 et 18 juin ? De bons petits soldats qui ont signé une charte s’engageant à voter le programme du Président-candidat et à scier la branche sur laquelle ils sont assis en acceptant la loi de moralisation de la vie publique ? Combien sont-ils d’ailleurs à briguer leur 4ème mandat pour voter une loi qui limitera à 3 le nombre de mandats successifs en dépit du principe de la hiérarchie des normes qui voudrait que le nombre de mandats se calque sur celui du Président de la République ?

Où s’arrête la liberté des parlementaires et où commence l’autorité du gouvernement ? Donner une majorité absolue au chef de l’Etat, c’est transformer la chambre des représentant en une chambre d’enregistrement. Ne remet-on pas en cause la séparation des pouvoirs législatif et exécutif ?

Benoît de Valicourt