Retour vers une semaine de quatre jours.

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Vendredi 25 août 2017

La réforme des rythmes scolaires est décidément un serpent qui se mors la queue. Mise en œuvre de façon précipitée en début du Mandat de François Hollande, consécutivement à une idée géniale d’un éphémère ministre de l’éducation, celle-ci est remise en question puisqu’à la rentrée 37% des communes reviendront à la semaine de quatre jours d’école profitant de la possibilité offerte par le décret publié le 28 juin.

Il faut dire que cette réforme n’a jamais fait l’unanimité aussi bien du coté des parents que des enseignants, sans compter le casse tête et le coût financier que cela représente pour les communes de mettre en place des activités périscolaires.

Exit donc pour les élèves de ces communes, les matinées de classes le mercredi ou le samedi, ainsi que les activités périscolaires. 

Une enquête du média 20 minutes analyse les avantages et les inconvénients de ce retour aux rythmes d’antan pour toutes les parties concernées. Car c’est loin d’être tout noir ou tout blanc.

LES ELEVES

Ce qu’ils vont gagner

« Face à système qui ne fonctionnait pas car la réforme a été mise en œuvre de façon trop précipitée, les enfants qui vont retrouver une semaine de 4 jours d’école, vont avoir des journées de classe moins hachées. Cette plus grande régularité va sans doute diminuer leur fatigue, particulièrement des plus jeunes », estime Francette Popineau, secrétaire général du SNUipp-FSU, le principal syndicat d’enseignants du premier degré.

Ce qu’ils vont perdre

Une matinée de classe. Et ce, alors que les chronobiologistes s’accordent à dire que le pic d’attention des enfants se situe le matin. « Et avec la semaine de 4 jours, les élèves vont travailler 144 jours dans l’année, au lieu des 162 jours d’école pour la moyenne des pays de l’OCDE. Ce qui interroge », insiste Hervé-Jean Le Niger vice-président de la fédération de parents d’élèves FCPE. Autre inquiétude de Francette Popineau : certains jours de classe risquent d’être longs pour les élèves bénéficiant des  activités pédagogiques complémentaires (temps d’accompagnement personnalisé des élèves) en raison du raccourcissement de la semaine de classe. « Certains élèves auront jusqu’à 6h30 de classe par jour, ce qui est trop long pour ceux qui sont fragiles scolairement », explique-t-elle.

Autre inconvénient souligné par Hervé-Jean Le Niger : « Même si la réforme des rythmes scolaires a été mise en place de manière inégale sur le territoire, elle a permis d’offrir à beaucoup d’enfants de familles défavorisées une initiation de qualité à des activités culturelles et sportives. Ce qu’ils n’auront plus ».

LES ENSEIGNANTS

Ce qu’ils vont gagner

Un jour de liberté en milieu de semaine. Une bonne chose pour beaucoup d’entre eux qui se plaignaient du surcoût en frais de garde d’enfant engendré par la demi-journée de classe supplémentaire et de l’augmentation de leur temps de trajet. « Mais ils espèrent surtout gagner en sérénité, avec des emplois du temps moins découpés. Car lorsque les activités périscolaires avaient lieu l’après-midi, cela ne laissait pas beaucoup de temps après le déjeuner pour étudier. Et quand elles avaient lieu sur la pause de midi, elles engendraient de l’excitation et il était très difficile ensuite de mener des activités scolaires l’après-midi », indique Francette Popineau. D’ailleurs, selon une consultation menée par le SNUipp au printemps, 80 % des professeurs d’école souhaitaient la fin des rythmes scolaires à la mode Hollande.

Ce qu’ils vont perdre

Les enseignants sont partagés quant aux bénéfices de la semaine de 4,5 jours sur les apprentissages et aucune étude fiable n’a encore prouvé qu’ils fussent réels. Il n’empêche que certains en sont convaincus, à l’instar de Stéphane Crochet, secrétaire général de l’Unsa : « La semaine de 4 jours est dommageable aux élèves les plus fragiles, car on sait qu’ils apprennent mieux le matin et qu’une matinée de classe en plus leur est bénéfique », assure-t-il. Certains enseignants estiment aussi que la semaine de 4,5 donnait plus de temps pour mener des projets et pour finir le programme.

LES PARENTS

Ce qu’ils vont gagner

Ils espèrent que leurs enfants seront moins fatigués, notamment ceux qui sont scolarisés en maternelle. Car leur temps de sieste était souvent réduit en raison de l’organisation des activités périscolaires l’après-midi dans de nombreuses écoles.

Ce qu’ils vont perdre

L’organisation qu’ils avaient mis en place depuis la mise en œuvre de la réforme des rythmes scolaires va être chamboulée. « Que vont-ils faire de leurs enfants le mercredi ? Seules les familles privilégiées ont les moyens de financer à leurs enfants des activités périscolaires de qualité », souligne Hervé-Jean Le Niger. Avant de faire part d’une autre inquiétude : « certaines femmes qui travaillaient le mercredi ne vont-elles pas à nouveau être tentées de passer au 4/5 eme pour faciliter l’organisation familiale ? », interroge-t-il.  Une étude de l’Institut des politiques publiques, publiée en avril, a montré que des femmes qui ne travaillent pas le mercredi sont revenues à des semaines de cinq jours après la réforme des rythmes scolaires.

LES MAIRES

Ce qu’ils vont gagner

« D’abord des économies, liées au non-recrutement d’animateurs, à la suppression du transport scolaire le mercredi… », répond du tac au tac Agnès Le Brun, vice-présidente de l’Association de maires de France. Une aubaine à un moment où les dotations de l’Etat baissent. C’est surtout les communes rurales qui ont choisi de revenir à la semaine de 4 jours et ce sont celles qui apprécieront sans doute le plus d’économiser un budget conséquent de ce fait. « D’autant que les maires n’ont aucune garantie que le fonds de soutien aidant les communes à financer les activités périscolaires sera pérennisé », précise-t-elle. Fini aussi « le pensum du recrutement d’animateurs pour des temps très partiels et les problèmes posés par le partage des salles de classe entre les animateurs et les enseignants », ajoute-t-elle.

Ce qu’ils vont perdre

« Les maires vont devoir affronter la déception des animateurs dont le contrat ne sera pas renouvelé du fait de la suppression des activités périscolaires », prévoit Agnès Le Brun.

VL