Ce n’est pas le vent qui pousse les détritus vers le Mas du Taureau.

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Jeudi 28 septembre 2017

À l’heure où le conseil municipal revient sur le projet de ZAC du Mas du Taureau et la nécessité d’une ligne forte de transport en commun comme préalable à sa réussite, une petite visite du quartier nous a laissé dubitatif et poussé à la réflexion. On parle souvent d’environnement dégradé. Il est vrai qu’avec le temps et le manque d’entretien les bâtiments se dégradent, mais pas que. Une partie des habitants porte également la responsabilité de la situation. À un moment donné, il faut être capable d’appeler un loup un loup. Le Mas ne porte pas que les traces du temps, mais aussi celles des blessures qui lui ont été infligées.

Ce quartier a mauvaise réputation, de par les évènements de 1990 qui ont marqué les esprits, mais également pour les incidents à répétitions qui ont lieu chaque année notamment pendant les périodes de fête. Dans les médias, Mas du Taureau rime la majeure partie du temps avec délinquance. Parfois il fait surface de manière positive à l’initiative d’un projet, par exemple la construction d’un four à pain.  

Nous ne savons pas si maintenant les médecins de nuit ou les facteurs livrent à nouveau les colis, mais pendant un moment à cause des incivilités le service public ne voulait plus venir dans ce quartier.

Lors de notre visite, la première chose qui saute aux yeux est relative au manque de propreté. Un peu partout il y a des détritus. C’est un des quartiers les plus sales de la ville (d’ailleurs sur ce point nous n’enregistrons aucun progrès depuis le début de mandat d’Hélène Geoffroy). Ce n’est pas le vent qui les charrie, mais bien des habitants qui en sont la cause. La loi de Pareto peut sans doute s’appliquer en considérants que 20% des habitants portent préjudice à l’ensemble du quartier.  Et c’est bien cela l’effet désastreux, le quartier est composé d’une majorité de braves gens qui ne demandent qu’à vivre tranquillement et dans un environnement correct.

Et comme l’a souligné une adjointe lors du dernier conseil municipal, il est parfois difficile d’inviter des amis  parce que l’on ressent une certaine gêne à les faire venir.  

Le savoir-vivre est une notion qui se perd. Entre déconsidération et nouvelles habitudes sociétales. Il n’est qu’à voir un parking de Mac  Donald ou les abords de lendemains de déjeuners sur l’herbe pour comprendre que le problème n’est pas derrière nous, mais bien devant. C’est également la même situation aux abords de certains commerces. On mange, on boit et laisse sa merde ce qui est un bon geste de vie en collectivité et de respect d’autrui. C’est peut-être ce que l’on nomme le plaisir de marquer sa différence.  

Lors de notre visite, nous avons vu un enfant d’une douzaine d’années accompagné de son père lancer des pierres sur les vitres d’un immeuble. Le père ne semblait pas s’en émouvoir le moins du monde  comme si c’était un comportement normal.   

Que va apporter la démolition-reconstruction ?   Si certains habitants ne respectent pas aujourd’hui leur environnement pourquoi demain serait-ce différent ? Dans les nouvelles constructions où se côtoient logements sociaux et logements privés la cohabitation est parfois difficile. Sans en faire une généralité, beaucoup regrettent le choix d’être venus s’installer à Vaulx-en-Velin dans les nouvelles constructions d’autant que la douloureuse « impôt locaux » est saignante en contrepartie des conditions de vie.

Quelle garantie va être offerte au niveau du projet de la ZAC du Mas du Taureau pour que la situation ne se dégrade pas au bout de quelques années et que les classes moyennes et les primo accédants  qui auraient fait le choix d’un logement sur ce secteur ne fuient pas ou alors que se renouvelle le processus qui conduit à un déclin des logements privés par manque d’entretien. 

Améliorer le cadre de vie au quotidien, encourager une diversité de l’habitat, améliorer et diversifier les fonctions urbaines, adapter l’offre de services aux publics, favoriser la réussite éducative, développer l’activité économique et l’accès à l’emploi, dynamiser le quartier par la culture et la création artistique, améliorer la tranquillité, partager le projet et construire le dialogue avec les habitants,  c’est ce que les vaudais attendent, c’est ce qu’une majorité de vaudais souhaitent.

Mais cela ne peut se faire que si les conditions idoines sont réunies. Nous voyons ce que conditionne la présence de jeunes ou de moins jeunes qui squattent les halls d’immeubles ou les devantures de commerces. Les habitants et les commerçants se plaignent et ne trouvent pas d’échos auprès de la municipalité. Pourquoi serait-ce mieux demain parce que le quartier serait rénové.

Nous souhaitons également que chacun trouve sa place, l’objectif n’est pas de conduire une population plus riche à investir peu à peu, la ZAC, entraînant avec elle une hausse des loyers et du coût de la vie, provoquant, à terme, l’éloignement et le départ des populations les plus pauvres. La rénovation du Mas doit être aussi faite pour ceux qui y résident actuellement et avec des loyers abordables, car il y a des habitants très attachés à leur quartier.  

Lors de notre visite, nous avons aperçu deux femmes intégralement voilées ce qui est interdit par la loi sur l’espace public. Le prosélytisme religieux ne doit pas également constituer un handicap. La laïcité est souvent évoquée, mais de manière trop superficielle. Cependant, c’est aussi un sujet qui mérite d’être abordé pendant la période de concertation. La municipalité ne doit pas être frileuse sur ce thème qui peut constituer un frein à réussite d’un projet et au vivre ensemble.