Garder le silence peut être un geste coupable

Share

 

Samedi 2 décembre 2017

Il n’y a pas un jour qui passe sans que  soient révélés au grand jour des abus de domination physique et sexuelle. La parole s’est libérée et les journalistes sont à l’affut du moindre indice leur permettant de mettre à la une un article faisant référence à un cas de harcèlement sexuel,  voire plus grave, des accusations de viols.  

Le sujet est-il vendeur ou bien la presse souhaite-t-elle se refaire une certaine virginité pour compenser des silences coupables. Nous nous remémorons la manière dont les bouches se sont déliées au moment de l’affaire Strauss Kan. Un scandale, mais surtout ponctué par le silence de ceux qui savaient et qui n’ont rien dit sur le comportement de celui qui aurait pu devenir président de la République.

La presse locale est revenue cette semaine sur l’affaire Aggoun.  Initiative, semble-t-il, portée par des membres du parti communiste outrés par le retour après une absence de plusieurs mois du conseiller municipal vaudais à la métropole. Il est de bon ton de profiter d’une situation pour se refaire la cerise à moindres frais  sur la couenne d’une personne qui sera jugée comme il se doit pour les graves accusations qui sont portées à son encontre, mais qui pour l’instant bénéficie de la présomption d’innocence.   

Pour des raisons inexplicables, les communistes ont disparu depuis bien deux années du conseil municipal et tout court de la vie politique vaudaise. Nous allons finir par croire que Bernard Genin ancien maire de Vaulx-en-Velin  ne siège à la métropole que pour la thune que cela rapporte. Alors, un petit buzz pour se donner bonne conscience ça ne peut pas faire de mal. Mais une conscience qui est parfois restée sur pause dans bien des circonstances. L’expérience nous apprend à être très méfiants envers les donneurs de leçons. D’ailleurs nous aurions aimé que lors du conseil municipal de juillet 2015, la nouvelle majorité par l’entremise de son porte-parole le plus disert nous décrive plus précisément le fonctionnement de l’ancienne municipalité dans sa référence aux cercles de l’enfer de la divine comédie de Dante et de sa pique à peine masquée concernant la luxure. La moralité est donc une valeur toute relative dont la charte bien souvent n’est faite que pour s’appliquer aux autres.

Cette semaine c’est le journal le monde qui fait sa une sur le syndicat étudiant UNEF (Union Nationale des étudiants de France). Après le mouvement des jeunes socialistes c’est donc une autre organisation très orientée à gauche  et souvent point de départ d'une carrière au sein du Parti socialiste qui est depuis quelques jours touché par une vague de dénonciations de cas de harcèlements sexuels. 

Dans une grande enquête,Le Monde révèle le fonctionnement sexiste de cadres masculins du syndicat étudiant UNEF et les pressions exercées sur des militantes entre 2006 et 2013. Deux noms de cadres reviennent fréquemment, celui de l'ancien président du syndicat, Jean-Baptiste Prévost ainsi que celui du responsable de la région parisienne de l’UNEF de l’époque, Yann Benhayoun. À moins que ce ne soit un homonyme, ce dernier serait  actuellement adjoint à la mairie du 3ème arrondissement de Lyon et chargé de mission à la mairie de Vaulx-en-Velin. Il est présenté dès 2006 comme un « gros relou » "et comme le plus gros sexiste de l'UNEF".

Depuis le début des années 2000, les deux mouvements de jeunesse ont été pilotés par des proches ou des alliés de Benoît Hamon. On les retrouvait par la suite dans les travées de l’Assemblée nationale, les cabinets ministériels ou dans les exécutifs des grandes villes socialistes. Ils ont siégé aussi dans les instances du PS, fonctionnant souvent en bande.

Dans une tribune 83 femmes, anciennes syndicalistes de l’UNEF, ont dénoncé ces pratiques, dont des viols, commis selon elles pendant des années par des dirigeants de l'organisation. « Comment avons-nous pu militer avec tant d'énergie et d'abnégation dans une organisation en laissant les femmes, nous-mêmes, y endurer de telles violences ? » interrogent ces anciennes militantes ou cadres signataires de la tribune, avec leur prénom et l'initiale de leur nom de famille.

« Nous osons désormais nous aussi dénoncer ces violences et leur ampleur systémique », écrivent les signataires de la tribune parue quelques semaines après la révélation du scandale Weinstein. Elles racontent que pendant des années, « au quotidien, la mentalité viriliste écrasait les valeurs progressistes » qu'elles défendaient, notamment « à travers une expression exacerbée de la domination physique et sexuelle ». « Nombreux étaient ceux qui vantaient la toute-puissance qu'ils exerçaient sur leur partenaire, se gaussant de pratiques dégradantes dans le but de briller devant leurs congénères et d'accentuer toujours un peu plus le mal-être de leur auditoire féminin », témoignent-elles.

« Combien de fois nous a-t-on demandé les numéros de téléphone de jeunes camarades ? Combien de fois avons-nous refusé ? » écrivent les signataires, selon lesquelles des viols ont aussi été commis sur des « proies, parfois très jeunes » par quelques hommes de l'organisation. Selon ces anciennes militantes, « le fonctionnement pyramidal extrêmement hiérarchisé avec ascension par cooptation, ainsi que la dépendance sociale et l'isolement socio-économique de certaines femmes pour la première fois indépendantes favorisaient les mécanismes d'emprise ».

Pour Benoit Hamon, le sujet est pris très au sérieux bien qu’un peu tard. « On ne reste pas passifs. On veut avoir des référentes intégrées au mouvement dès maintenant pour recueillir la parole des femmes victimes, et les aider à agir. Ce dispositif doit être autonome de la direction pour ne pas interférer avec le politique. »

Avec le recul nous nous demandons comment ces pratiques ont-elles pu perdurer pendant autant d’années,  avant que le système médiatique libéré par les révélations du scandale Weinstein n’ouvre ses pages aux femmes qui ont subi les affres des prédateurs en tout genre. Généralement c’est par leur position, détenant chacun à leur niveau une once de pouvoir que des hommes ont pu abuser en toute impunité de leurs victimes. La culture du silence, du je n’ai rien vu ni rien entendu a contribué au laisser-faire.

Combien d’hommes politiques ont donné leur nom à une rue ou bien à un édifice municipal alors que leur sexisme était couvert par le silence coupable de leur entourage et de leurs collègues.  Allons-nous assister à une fouille systématique du passé suivi d’un déboulonnage en règle ? 

  https://www.tvlibertes.com/2017/11/30/20513/lunef