Journalistes et politiques

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Jeudi 18 janvier 2018

Il y a quelques jours nous apprenions que le quotidien La Voix du Nord a décidé de mettre fin à la pratique de relecture des papiers par les personnalités interrogées. En effet le personnel politique « impose » pour la presse écrite la relecture des interviews avant parution, « et ceci depuis des décennies.

« Pour la deuxième fois en trois mois, Emmanuel Macron a ainsi refusé une interview à La Voix du Nord avant un déplacement dans la région, ce qui est son droit. À la place, on nous a proposé d’interroger Gérard Collomb, sous réserve qu’il puisse relire et corriger le texte avant publication », explique Patrick Jankielewicz rédacteur en chef du quotidien.

 « Jusque-là, comme la quasi-totalité de nos confrères, nous acceptions cette relecture sous prétexte que la parole d’un ministre a quasiment force de loi. Mais si certains des interviewés jouent le jeu en corrigeant à la marge des aspects techniques, la relecture est devenue un exercice de réécriture pour la plupart. Dernièrement, on nous a renvoyé un texte totalement "caviardé", coupant des réponses qui avaient été faites et ajoutant des questions qui n’avaient pas été posées ! », raconte-t-il. « La pratique de l’interview nécessite qu’on bouscule un peu les intéressés sans les piéger. La spontanéité de leurs réponses est un élément important. À quoi bon publier des propos polis, lissés, rabotés, aseptisés par des communicants ?” Ce qu'on pouvait tolérer peut-être il y a quinze ans, c'est-à-dire une relecture un petit peu technique, des chiffres notamment, est devenu une vraie réécriture",

 

« Nous prenons donc nos distances avec les politiques : ils ne pourront plus relire et corriger leurs interviews avant publication, pratique qu’ils imposent à toute la presse écrite depuis des décennies. Ça va faire de la place dans nos colonnes »

« Quand on est journaliste, on peut désormais être la victime collatérale de caprices d’élus qui ont bien du mal à accepter les critiques sur leur petite personne. C’est ce qu’ont vécu la semaine dernière Sylvie Cozzolino et Thierry Swiderski, deux journalistes de France 3 Auvergne Rhône-Alpes. Leur tort ? Avoir réalisé une série de cinq reportages sur Laurent Wauquiez jugés « déséquilibrés » par la rédaction en chef et la direction de la chaîne de télé locale. Résultat : après la diffusion des deux premiers épisodes, le troisième volet a été, ni plus ni moins, supprimé de la grille des programmes.

Des sujets trop à charge contre le président LR de la Région qui reconnaît avoir demandé un droit de réponse ? Ce n’est pas du tout l’avis des journalistes de la chaîne qui ont décidé de voter le week-end dernier une motion de défiance contre leur hiérarchie. 43 des 46 votants sont en effet persuadés que la direction – qui a finalement reprogrammé les sujets en fin de semaine – a cédé à des pressions émanant de Wauquiez lui-même. Si c’est vraiment le cas, c’est très inquiétant pour notre profession de journaliste. Pas uniquement à cause du chantage qu’aurait exercé l’homme à la parka rouge. Bien sûr, ce comportement, s’il est vrai, est inacceptable. Mais cet élu ne sera malheureusement ni le premier ni le dernier, à faire de la politique de la sorte ».

Ces deux exemples montrent combien le métier de journaliste peut être exposé et nous comprenons pourquoi les articles qui font référence à des personnalités politiques sont particulièrement aseptisés ou alors pourquoi des sujets ne sont pas traités.

Les politiques bénéficient généralement de leur réseau de communication par exemple pour un maire le journal municipal. Les journalistes sont là pour rééquilibrer l’information en toute sincérité, mais la confiance des Français dans les médias est érodée. D’après l’enquête d’opinion, 57 % des personnes interrogées pensent que les journalistes ne résistent pas aux pressions politiques.

Voilà une bonne résolution pour 2018. Faire preuve d’indépendance.