Quand le sport n’est qu’un prétexte

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Mardi 24 juin 2014

Pendant la campagne des municipales nous avions été surpris par le comportement de supporters de l’équipe d’Algérie lors de sa qualification contre le Burkina Faso le 19 novembre 2013 pour le mondial Brésilien. Nous pouvons comprendre les manifestations de joie et la liesse qui peut s’en dégager, concert de Klaxon, cris de joie, pétards, mais lorsque cela se traduit par des débordements allant jusqu’au pillage du Super Marché Leader Price place Guy Moquet , des vitrines brisés, des incendies de voitures et des affrontements avec les forces de l’ordre c’est une tout autre forme d’expression qui se sert du sport comme support pour commettre des exactions. Si cet acte n’était que marginal on pourrait le classer dans les faits divers, mais lorsqu’il est répétitif c’est une tout autre analyse qu’il convient de faire d’autant que ce n’est pas une spécificité Vaudaise : c’est un phénomène qui se répercute dans toute la France.

Les deux premiers matches de l’équipe d’Algérie n’ont pas dérogé à la règle et les débordements relatifs à ces deux rencontres ont fait les choux gras de la presse et des médias mais surtout de l’extrême droite à travers les blogs de ses différentes composantes notamment « le bloc identitaire »  ou « Françaisdesouche », n’hésitant pas à colporter des fausses informations pour alimenter leurs réseaux sociaux comme par exemple l’incendie d’une église à la Duchère nourrissant ainsi les amalgames. Heureusement rumeur rapidement démentie par les autorités mais le mal est fait, l’information circule et pour beaucoup elle aura un fond de vérité. Des incidents également rapidement récupérés par les membres du Front National comme la députée Marion Maréchal-Le Pen qui publie un message considérant que «les incidents autour de la victoire de l'Algérie sont une défaite pour la politique d'intégration menée par l'UMPS», ajoutant que ces «incidents» dont elle parle sont une «démonstration d'une nouvelle victoire du communautarisme sur la République».

A Vaulx-en-Velin, les incidents ont été somme toute relativement graves car un commerce de la rue Émile Zola a été « cassé » (vitre de la porte d'entrée brisée). Ils sont ainsi repartis avec des bouteilles d'alcool, des clés USB, des casques audio et des consoles de jeux. D’autres commerces ont quand à eux faits l’objet de tentatives d’effraction. Les faits auraient pu être encore beaucoup plus dommageables si un tir de mortier avait incendié un magasin, un immeuble ou bien gravement blessé une personne.

Ces débordements répétitifs sont graves et inquiétants car ils ne semblent pas trouver de réponses appropriés et s’ajoutent à toutes les incivilités tant comportementales que matériels que supportent les Vaudais. Lorsque des dizaines de scooters conduits par des adolescents sans casques sèment la zizanie dans la ville, lorsque des groupes s’installent au pied d’un immeuble instituant la crainte, lorsque des dealers squattent des coins de rue sous l’objectif des caméras sans que jamais la Police ne les arrête, c’est un climat délétère et malsain qui s’installe faisant le nid de l’extrême droite. Ce n’est plus l’heure de s’offusquer à travers des discours, la menace est grandissante et le premier ministre lui-même s’attend pour les prochaines élections présidentielles à un second tour avec la présence du Front National. Ce sont les enjeux sociétaux qui risquent de servir de catalyseur pour les quelques pourcentages qui feront la différence. Ce qui reste sous-jacent derrière ce que l’on peut caractériser de fait divers et que certain malgré des rapports de polices tentent de minimiser, c’est la stigmatisation d’une partie de la population qui est aussi désolée que la plupart d’entre nous devant ces comportement qu’elle condamne également. Voltaire disait que « l’art de la médecine consiste à distraire le malade pendant que la nature le guérit ». Peut être qu’à son époque cette théorie était plausible ; nous émettrons quelques réserves de nos jours. Cependant cette réflexion peut être transposée au monde politique qui distrait le malade par les promesses en attendant que la caravane passe.