Ou il est encore question d'école.

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Vendredi 24 août 2018

l’État stoppe un projet d’école en terrain pollué

Récemment épinglée par l’inspection du travail suite à de graves manquements sur le chantier du groupe scolaire René-Beauverie , au nord de la ville, la marie de Vaulx-en-Velin avait distillé quelques mots d’apaisement tout en refusant de commenter plus avant la décision de justice.

Elle n’a pas davantage communiqué avec les Vaudais lorsque la Préfecture, via la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL), a demandé que le projet de groupe scolaire Gimenez soit figé en attendant de nouvelles investigations dont la date sera annoncée en septembre.

Un groupe scolaire de 15 classes sur une ancienne carrière

Entre 1945 et 1975, la friche qui fait l’angle des rues André Chénier et Alexandre Dumas, à l’orée de Villeurbanne, a servi de carrière. Par la suite, elle a été exploitée par la société Gimenez, dont l’école en devenir porte le nom, pour ses activités d’extraction d’argile et de production de gravier notamment.

Cette vocation a pris fin en 1996 pour ensuite sombrer dans l’oubli, jusqu’à ce que le terrain soit racheté par la mairie de Vaulx-en-Velin en juillet 2017 afin de construire une école de 15 classes accompagnée de son restaurant scolaire.

Mais les activités de la société Gimenez ont laissé des traces dans l’air et les sols qui demandent un traitement long et coûteux. Or, le besoin de nouvelles classes est pressant dans cette commune où toutes les écoles sont classées réseau d’éducation prioritaire renforcé (REP+) et doivent donc organiser des classes de CP à douze élèves.

Calendrier contraint

Stéphane Bertin, président du groupe Agir pour Vaulx-en-Velin, collectif citoyen membre de la majorité élue, se souvient des débuts du projet d’école Gimenez. À l’époque, il n’avait rien perçu d’alarmant dans ce que proposait la mairie. « J’ai voté pour, bien sûr. Il y avait partout des carrières Gimenez au sud de Vaulx. Je faisais même partie de la commission d’appel d’offre. »

Depuis, le conseiller municipal s’est ravisé : « J’ai commencé à avoir des doutes car la mairie ne donnait quasiment pas d’information sur le projet. Oui, il est possible de construire sur une décharge. Mais pas un établissement sensible comme une école. La ville peut acheter d’autres terrains, il devait exister des alternatives. »

Pourquoi se lancer dans une si périlleuse aventure, alors ? « Un terrain pollué se vend moins cher. Et puis, il faut inaugurer rapidement l’école, en septembre 2019, pour les photos sur papier glacé  », suppose l’élu, sans chercher à cacher son amertume.

Le diable se cache dans les détails

Tout commençait bien, pour Vaulx, puisqu’elle avait acquis le terrain sans heurts à la société Gimenez et mandaté un prestataire pour établir un diagnostic des sols. « Mais elle a voulu aller trop vite  », juge Stéphane Bertin. « Lorsque le plan de dépollution élaboré par un cabinet d’études a été présenté en commission d’appel d’offre, j’ai voté contre.  »

La mairie ne peut ignorer les risques car le diagnostic environnemental établi en septembre 2017 est clair : « L’ancienne carrière a fait l’objet d’un comblement avec des remblais de mauvaise qualité chimique  », or, « il n’existe pas d’historique de la provenance et de la nature de ces déchets ».

Mercure, hydrocarbures, benzène…

Les sols recèlent différentes « anomalies métalliques » (antimoine, cuivre, mercure) et des hydrocarbures aromatiques polycycliques, émis lors la combustion de matières organiques et que l’on retrouve dans la fumée du tabac ou les gaz d’échappement, qui devront être excavés.

Du sol filtrent par ailleurs des gaz potentiellement dangereux : hydrocarbures donc, mais aussi naphtalène, benzène et composés organiques halogénés volatils. Pour assurer la sécurité sanitaire des futurs élèves et personnels, mais aussi des travailleurs du chantier, « il fallait prévoir des aménagements coûteux sur le long terme. Et le plan de dépollution était peut-être bon, mais encore une fois, on ne nous transmettait aucun détail.  »

Un manque de communication dont Stéphane Bertin et son groupe ont récemment fait les frais dans l’affaire de l’école René-Beauverie : « C’est comme cela depuis le début de l’année. Pour Beauverie, nous l’avons appris par la presse alors que nous faisons partie de la majorité. »

De « nouvelles investigations » nécessaires

Suivant les préconisations du diagnostic environnemental, la mairie prévoit des aménagements avant de se lancer dans la construction des bâtiments. Mais le plan de dépollution soumis par l’exécutif de Vaulx ne convainc pas la Préfecture qui indique avoir besoin de rencontrer l’ancien exploitant du site afin de cerner l’impact réel de ses activités industrielles sur le terrain.

Pour le moment, l’État considère que de « plus amples investigations » et de « nouvelles analyses » sont nécessaires avant de donner son feu vert pour amorcer la construction, d’où l’apparent abandon du terrain depuis quelques mois.

La mairie tente de raccrocher les wagons

« C’est une procédure normale qui n’a rien d’alarmant », a d’abord assuré la mairie, contactée par Salade Lyonnaise. « Cela ne remet pas en question le projet de construction d’un groupe scolaire dans ce quartier. Nous sommes dans les temps car le chantier devait commencer en septembre. Le planning sera respecté. »

Puis un second appel de la mairie est venu apporter des précisions : «  L’État applique le principe du pollueur-payeur. Le pollueur étant l’ancien propriétaire, Gimenez, il se tourne vers lui pour obtenir plus d’informations. » Les études soumises par la mairie, bonne élève, ne seraient donc aucunement lacunaires.

Reste à retrouver la confiance de la majorité. Déjà échaudé par l’arrêt du chantier de l’école Beauverie, Stéphane Bertin se désole de cette déconvenue, qu’il attribue à la précipitation d’Hélène Geoffroy, la maire de la ville de plus de 47 000 habitants :  « On se bat tous les jours pour changer l’image de notre ville. Alors que la mairie fasse des erreurs pareilles, cela ne peut plus durer… » La phrase se perd dans un soupir agacé.

Elise Capogna sur le site https://saladelyonnaise.com/ le 24/08/2à18