Gilets jaunes des champs contre gilets jaunes des villes.

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Lundi 4 février 2019

Quelques mois après le flop du plan Borloo, le président de la République poursuit sa tournée des débats dans l'Essonne. Au cœur du débat cette fois la problématique des banlieues. Un face à face  avec 300 élus de banlieues et représentants d’associations à Évry-Courcouronnes « dans des échanges non ficelés d’avance comme certains aimeraient le faire croire » Dixit le maire (ex-LR) d’Evry-Courcouronnes, suppléant de Serge Dassault pour les élections législatives de juin 2002 , une vie politique débutée en 1988 et cumulard à souhait. De la à nous prendre pour des baudets il y a un pas que je ne franchirai pas.    

Parmi ces élus, Hélène Geoffroy maire de Vaulx-en-Velin et ex-secrétaire d’État de François Hollande dont les mesures prises en faveur des banlieues sont restées comme sous les mandats précédant des promesses. 5 années qui n’ont rien apporté de concret. (Voir plus loin l’évolution des inégalités sous le quinquennat de François Hollande)

À l’heure ou les gilets jaunes tiennent le devant de la scène, majoritairement issus de la ruralité, dans les banlieues pourtant confrontées  à des formes de difficultés tout aussi importantes, certains nourrissent une forme d’inquiétude  « si l'État propose des actions pour le développement des zones rurales aux dépens des quartiers populaires les conséquences seront désastreuses pour le Pays » avance en fin politique un élu vaudais qui suit en cela le discours de sa cheffe de file. Va-t-on nous abandonner au profit des campagnes ?

En termes de doléances dans le cadre du grand débat, les vaudais ne sont pas prolixes. La municipalité n’a pas souhaité engager de débat ni ouvrir un cahier de doléance, mais mettre à disposition une urne nommée « boite à idées ». Mais les vaudais et c’est une caractéristique, élection après élection ont du mal à trouver le chemin des urnes. « En 18 jours, seulement une trentaine de courriers ont été déposés par les 50 000 habitants ». Quelle est la raison de cette démobilisation ? Un sentiment d’abandon ? Le président de la République ce lundi  à Evry-Courcouronnes, dans l'Essonne: souhaite convaincre les habitants des quartiers populaires de participer au mouvement de discussion. Des débats pour dire quoi  que les élus ne sachent déjà ? Et pourquoi feraient-ils plus maintenant que ce qu’ils n’ont pas fait depuis les promesses et les plans qui ce sont enchaînés mandats après mandats ?

Par sur que les simagrées et gesticulations présidentielle plombées de mots choisis suffisent, car après toutes ses années les habitants ont perdu toute confiance en leurs élus, et ils ont bien compris qu’en dehors des visées électoralistes point de salut dans la politique de la ville. Obsolescence programmée…. Il ne reste plus que quelques admirateurs patentés dont le cerveau englué par des années de militantismes perd le sens des réalités ou alors espérant obtenir quelques subsides. Voila ce qu’est devenue la politique, politicienne au possible pour certains et incompatible en termes de valeur pour d’autres et j’en suis car il est loin l’esprit des lumières.

Vaulx-en-Velin est une des communes les plus pauvres de France depuis des lustres. Taux de pauvreté 34%. Le taux de pauvreté correspond à la proportion d'individus ou de ménages,  dont le niveau de vie est inférieur pour une année donnée à un seuil, dénommé seuil de pauvreté. 1 026 euros par mois pour une personne seule selon la définition française. Depuis dix ans, le nombre de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté en France augmente. Cette aggravation est l’un des phénomènes les plus marquants parmi les évolutions analysées par l’Observatoire des inégalités. 34% des vaudais ont donc un souci principal, boucler leur fin de mois 

Est-ce que ces vaudais ont baissé les bras n’attendant plus rien des pouvoirs publics. Ce serait pour cette raison que l’on ne voit pas de gilets jaunes. La raison est sans doute beaucoup plus complexe et viens en grande partie des caractéristiques de la population qui se mobilise en dernière extrémité comme lors des événements de juin et des coups de feu à répétition.  

Mais de fait il n’y a pas d’opposition entre le monde rural et le monde des banlieues.  Si les revendications ne sont pas tout à fait les mêmes, les uns comme les autres partagent la défense de leur pouvoir d’achat, les uns comme les autres sont confrontés au chômage.

Je pense qu’il ne faut pas faire d’amalgames et tomber dans la facilité rhétorique en comparant ce mouvement avec ceux issus des années 80. Révolte des jeunes du quartier de la Grappinière, suivie de la marche pour l'égalité et contre le racisme et  les révoltes urbaines de 1990 à 2005 contre les bavures policières. C’est une synthèse très réductrice et orientée. Pourquoi ne pas dire également que la somme d’incivilités qui traverse notre ville est également une expression gilet jaune, que les caillassages de pompiers et de policiers sont également une expression de gilets jaunes. Que les voitures qui brûlent sont aussi une expression gilets jaunes.

Le vrai problème des banlieues est une concentration de pauvreté et surtout un ascenseur social qui ne fonctionne pas.   

Selon un rapport de l'organisation de coopération et de développement économique (OCDE) publié récemment, les personnes qui se situent en bas de l'échelle des revenus ont peu de chances de gravir les échelons. Il faut six générations pour que les enfants nés dans une famille au bas de l'échelle sociale atteignent le revenu moyen.

Pour tenter d'expliquer cette faible mobilité entre les générations, les experts pointent notamment les lacunes de l'enseignement. "Plus de deux tiers (68%) des enfants dont les parents sont diplômés du supérieur obtiennent un diplôme de l'enseignement supérieur en France".

À l'inverse, seulement 17% des enfants issus de familles n'ayant pas fait d'études supérieures accèdent à l'université. « Une vraie politique doit mettre les moyens pour réduire les écarts scolaires entre les enfants issus des milieux socio-économiques différents en apportant un soutien sur mesure aux écoles accueillant des enfants issu des milieux défavorisés ; poursuivre les efforts pour réduire le taux de décrochage scolaire au collège et au lycée. Chose marquante, les inégalités se creusent à nouveau à partir de 2014 et se retrouvent à un niveau proche de celui de la fin des années 80 ». Curieux constats des spécialistes de l’OCDE alors que la gauche si l’on peut considérer le gouvernement Hollande de gauche était au pouvoir.

De même, la faible mobilité des revenus au cours d'une vie est étroitement liée au chômage de longue durée selon les analystes. En France, ce phénomène concerne un nombre toujours plus important de personnes. Selon les dernières données de Pôle emploi, ils étaient 2,56 millions comptabilisés en chômeurs de longue durée (durée supérieure à un an) sur un total de 5,6 millions d'inscrits toutes catégories confondues et les banlieues sont fortement touchées par le chômage de longue durée. Si l’on fait le bilan de toutes les actions menées en termes d’emploi sur la ville, à commencer par la mission locale,  le résultat montre toute la difficulté de parvenir à sortir du monde des petits boulots et des CDD.    

Pour Emmanuel Macron "les aides sociales coûtent un pognon de dingue", à lui de réfléchir  sur le rôle de tous ces dispositifs qui prônent   l'égalité des chances et la méritocratie depuis des décennies, mais qui en réalité protègent ses élites.

Thomas Petragallo