Emballement médiatique ou transgression au principe moral ?

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Jeudi 25 juillet 2019

 

L'ex-ministre de la Transition écologique était l'invité mardi soir du journal de 20 heures de France 2 et tout heureux des résultats des enquêtes du gouvernement et de l'Assemblée, il s'est présenté, en "homme honnête" et "blanchi" de "toutes les accusations portées contre lui". Et de fustiger un emballement médiatique qui n’avait pas lieu d’être.

 

"Les enquêtes demandées par le gouvernement ont permis d’apporter les éclaircissements attendus par tous, et de monter que, contrairement à ce qui avait été suggéré, les travaux ont respecté la commande publique. Et les dîners étaient dans un cadre professionnel ».

 

Nul besoin de boule de cristal pour deviner les résultats des enquêtes, plus facile à trouver que les chiffres du loto.

 

Elles ont cependant retenu que 3 diners sur 12 l’était à titre personnel (François de Rugy s’engage à rembourser) et qu’une partie des travaux en cause aurait pu être mieux négocié.

 

Et le site Mediapart de publier des photos et de nouveaux témoignages d’invités prouvant, selon lui, que les dîners organisés à l'Hôtel de Lassay par l'ex-président de l'Assemblée nationale et son épouse, François et Séverine de Rugy, étaient bien "amicaux".

 

Mediapart estime que tous les dîners contrôlés relevaient en fait du privé. Pour preuve : une photo de l'un de ces repas, sur laquelle figure une adolescente au visage flouté. Mais aussi le témoignage d'invités à ces soirées.

 

Parmi eux, la productrice de cinéma Vanessa Djian, le patron des Bains Jean-Pierre Marois, les journalistes Alexandre Kara et Guillaume Dasquié, qui ont tous assisté à un dîner le 5 mai 2018. Alors que le rapport du secrétaire général de l'Assemblée affirme que la "majorité" des dîners examinés étaient organisés autour d'un "thème" de discussion, attestant du caractère professionnel, celui-ci n'en avait visiblement pas, assure le site, citant les témoignages contradictoires des invités mentionnés sur les sujets de discussion ce soir-là.

 

Le lien entre les invités est en réalité Séverine Servat de Rugy, estime Mediapart, qui détaille comment ces derniers connaissaient tous, de près ou de loin, la femme de l'ex-président de l'Assemblée nationale.

 

La journaliste à Gala s'en était déjà expliquée. Dans une conversation téléphonique à Mediapart mi-juillet, elle reconnaissait que les invités relevaient du "cercle amical qui, à partir du moment où il se trouve à l'Assemblée nationale par exemple, n'est plus un cercle amical". "C'est aussi du relationnel... enfin c'est purement du relationnel, etc., et des discussions avec les gens. On n'est pas là pour se taper la cloche", avait-elle expliqué. Visiblement suffisant pour convaincre l'Assemblée, mais pas le site à l'origine des révélations ni une grande partie des Français.

 

Est-ce de l’acharnement de la part du média ou bien un manque de considération morale de la part de l’ex ministre ? Une chose est certaine, les réseaux sociaux ont changé la donne et comme la rappelé le premier ministre certains usages se doivent d’être prescrits même si ils sont légaux.

 

Les medias sont beaucoup critiqués. Voire montrés du doigt par la classe politique, notamment celle qui se prêtant du nouveau monde. Mais les médias ont un rôle à jouer dans l’exercice de la démocratie.

 

Revenons sur l’affaire Geneviève Legay, du nom de cette militante grièvement blessée après une charge des forces de l’ordre lors d’une manifestation des « gilets jaunes », le 23 mars, à Nice.

 

Peu après les faits, Jean-Michel Prêtre avait affirmé que Geneviève Legay, 73 ans, n’avait pas été touchée par les forces de l’ordre et qu’elles n’étaient donc pas responsables de ses blessures. C’était faux, comme l’ont révélé plusieurs médias, ce qui a poussé le procureur à se dédire. D’après Le Monde, devant sa hiérarchie, Jean-Michel Prêtre a dit vouloir éviter des « divergences trop importantes » avec les déclarations du président de la République.

 

Avant même que Jean-Michel Prêtre ne prenne la parole, Emmanuel Macron avait en effet déjà déclaré que la septuagénaire « n’[avait] pas été en contact avec les forces de l’ordre ».

 

Le magistrat aurait donc tenté de « protéger » le chef de l’Etat.

 

Dans son édition du 3 juillet, le Canard enchaîné révèle que l'ancien maire de Lyon Raymond Barre aurait possédé un compte bancaire en Suisse contenant près 11 millions de francs. Cette somme n’avait pas été déclarée au fisc du vivant de Raymond Barre ni par ses héritiers après sa mort en août 2007. Le média qui avait découvert une enquête pour fraude fiscale s’interroge également sur la provenance des fonds du "meilleur économiste de France" qui reste mystérieuse.

 

Thomas Petragallo