Emplois fictifs du modem

Share

 

Jeudi 29 août 2019 

Elle ne fait pas de bruits, mais cette affaire d’emplois fictifs a pourtant contraint non seulement Sylvie Goulard à démissionner de son poste de ministre des Armées, mais aussi Marielle de Sarnez puis finalement François Bayrou, le rutilant garde des Sceaux du premier gouvernement Macron.

Pour que trois ministres plient leurs gaules aussi rapidement nous pouvions supposer qu’ils n’étaient pas exempts de tout reproches et que rapidement nous aurions le résultat des investigations de la justice. Mais depuis deux ans, à part un petit article sur le sujet dans le canard enchaîné, silence radio.

La désignation mercredi 28 août de Sylvie Goulard  comme  candidate de la France pour un poste de commissaire européenne  remet sur la table son implication dans l'affaire des emplois fictifs au sein du MoDem, le parti centriste auquel elle appartient. Une affaire d'autant plus délicate pour Sylvie Goulard que ces emplois fictifs auraient été financés par des fonds du Parlement européen.

Des élus du MoDem auraient puisé dans l'enveloppe allouée par le Parlement européen pour, en fait, rémunérer à temps partiel au moins une dizaine de salariés travaillant exclusivement ou essentiellement pour le parti, à une époque où ses comptes étaient dans le rouge, après plusieurs revers électoraux. Plusieurs témoignages sont venus étayer cette hypothèse : celui de l'ancien assistant parlementaire de Jean-Luc Bennahmias, qui a révélé ce système, et celui, accablant, de l'ex assistante personnelle de François Bayrou et Marielle de Sarnez.

Dans son audition, , cette femme dit très clairement qu'entre 2010 et 2015, son "travail" d'assistante parlementaire de Muriel de Sarnez se bornait à réserver quelques billets de train pour Bruxelles et Strasbourg : "J'étais sa gouvernante, a estimé cette ex salariée face aux enquêteurs, je gérais toutes ses affaires privées, jusqu'au suivi de la construction de sa maison sur l'île de Patmos, en Grèce".

En revanche, l'assistant parlementaire qui aurait été imposé à Sylvie Goulard par le parti, un très proche de François Bayrou, aurait fourni selon cette ancienne salariée du Modem "un réel travail d'assistant parlementaire".

Depuis l'ouverture d'une information judiciaire en juillet 2017 pour "abus de confiance et escroquerie", l'enquête progresse lentement. Très lentement . Une vingtaine de personnes ont été entendues depuis deux ans par les policiers de l'OCLCIFF, l'office central de lutte contre la corruption et les infractions financières. Essentiellement d'anciens salariés du Modem et/ou d'ex assistants parlementaires. Aucune mise en examen n'a été réalisée pour l'heure dans ce dossier, ni aucune garde à vue.

A l'exception de Corinne Lepage et de Jean-Luc Bennahmias, aucune personnalité de premier plan n'a d'ailleurs été auditionnée par les enquêteurs.

Pourquoi est-ce si lent ? D'abord parce que l'écheveau est difficile à démêler, contrairement par exemple à l'affaire des assistants parlementaires européens de l'ex Front national : là il s'agit de soupçons sur des assistants accrédités, avec des badges qui permettent notamment de retracer leur présence – ou leur absence – au Parlement.

Pour le Modem, ce sont des statuts d'assistants locaux, censés aider le député dans sa circonscription. Des milliers de mails et de documents ont été saisi lors de la perquisition au siège du parti. Mais à notre connaissance, un seul policier de l'OCLCIFF est à temps plein sur cette enquête. Et la juge d'instruction qui chapeaute le dossier a la réputation de prendre son temps. 

Thomas Petragallo