Surtout ne pas abandonner les privilèges de la fonction.

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Lundi 15 octobre 2018

Le Parti socialiste, réuni samedi en Conseil national à Paris, s'est efforcé d'afficher son unité après les défections du chef de file de l'aile gauche, Emmanuel Maurel, et de la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann. Cependant, le moins que l’on puisse dire c’est que le premier secrétaire du parti socialiste, Olivier Faure, en avait gros sur la patate et l’a exprimé ouvertement.

"Je souhaite, Marie-Noëlle, que tu puisses regarder une dernière fois ces visages connus, amis, de camarades qui t'ont donné jusqu'ici ce que tu as été: députée européenne, maire, ministre, sénatrice (...) C'est trop facile de dire je prends le meilleur et comme je pense que je peux faire affaire ailleurs je m'en vais", a lancé Olivier Faure.

Et de rajouter plus tard devant la presse à l’intention de son ex-collègue

«Elle rompt avec le PS, elle ne rompt pas avec les mandats qu'elle détient par le Parti socialiste. Elle a été élue sur une liste, la moindre des choses serait qu'elle dise qu'elle quitte le Sénat. Elle y reste, la moindre des choses serait qu'elle dise qu'elle quitte le Sénat" a dégainé Olivier Faure devant la presse.

Hélène Geoffroy en tant membre du secrétariat national du parti socialiste ne manquera pas de soutenir son premier secrétaire Olivier Faure attristé par l’attitude des renégats ex-socialistes, mais elle se consolera cependant en recueillant sous sa coupe un nouveau transfuge de l’APVV (Matthieu Fischer) qui n’a pas souhaité rejoindre les rangs de l’opposition comme l’a fait le reste de son groupe et Stéphane Bertin aurait pu tenir les mêmes propos qu’Olivier Faure à l'encontre de son Ex-collègue. 

Se pose quand même une question légitime, est-il moral, lorsque l’on a reçu la confiance d’un parti et avoir été élu par ses électeurs et le travail de ses militants de conserver ses mandats ? Nous ne détenons pas la réponse. Ceux qui la détiennent sont les signataires de chartes, les promoteurs de valeurs, les moi je suis droit dans mes bottes, les donneurs de leçons, les je m’engage à soutenir le vainqueur des primaires et autres lanceurs de déclarations plus vertueuses les unes que les autres. Ceux qui disent une chose la veille et font l’inverse le lendemain. De Rugy le nouveau ministre de l’Écologie est un bel exemplaire de la sincérité qui prime politique. Macroniste de la dernière heure, mais opportuniste de la première heure et tant pis pour l’écologie Paris vaut bien une bassesse.

En finalité on remarque que beaucoup ont une grande agilité à tourner leur veste pour qu’elle soit toujours du bon côté comme dit Jacques Dutronc dans une chanson toujours d’actualité. La relation avec celui qui a le pouvoir ou qui est susceptible de l’avoir est un écrin qui attire et encore plus lorsque l’on devient redevable. À l’exemple de la majorité des socialistes du Rhône qui ont suivi Gérard Collomb convaincu comme par enchantement par les vertus du macronisme pourtant bien loin de l’idéal de gauche.

On peut dire ce que l’on veut, argumenter, donner une liste à la Prévert de bonnes intentions, mais il y a pratiquement toujours un calcul bassement intéressé derrière « ces mutations ».

Emmanuel Maurel, Marie-Noëlle Lienemann et consorts se précipitent vers la France insoumise de Mélenchon avant tout pour des places sur les listes Européennes car avec 6% d’intention de vote pour les socialistes contre 20% pour la France insoumise cela en fait réfléchir plus d’un. Les désaccords philosophiques passent au second plan car si tel n’était pas le cas, c’est il y a quelques mois que nos deux protagonistes auraient dû franchir le Rubicon. Pourquoi Matthieu Fischer a-t-il attendu le passage dans l'opposition de son groupe pour se carapater ? Cette position laisse à penser que tant qu'il restait dans l'exécutif celui ci pouvait ménager la chèvre et le chou mais forcé à choisir quels sont les arguments qui ont fait pencher la balance en faveur d'Hélène Geoffroy? A mediavaulx nous sommes curieux d'en connaitre les raisons.  

Une proposition ministérielle ou un poste d’adjoint, le risque d’un passage dans l’opposition sont donc autant de raisons qui motivent les transfuges. En effet, bien souvent dernières des justifications baveuses c’est la question de la perte de leurs indemnités ou l’espoir d’en gagner qui conditionnent le choix. Dans Lyonmag un article fait référence à « l’ex-radicale de droite Djida Tazdaït qui a tourné casaque en échange d’un poste (mieux rémunéré) dans l’exécutif de Gerard Collomb ». C’est le journaliste qui soutient ces propos. Et le terme prend du sens, il est spécifié « RÉMUNÉRATION » et non « INDEMNITÉS » car bien souvent pour de nombreux élus cette somme représente une part non négligeable de leurs revenus.

Et rares sont donc ceux qui acceptent de perdre de confortables revenus acquis à la sueur du front des petits soldats assurant le collage d’affiche, la distribution de tracts, le porte-à-porte, les réunions d’appartements. Ils ne sont plus d'accord avec un projet pour lequel ils se sont engagés mais ne démissionnent pour autant. 

Il y en a même qui dénoncent les privilèges comme les voitures de fonctions avec chauffeur et s’en accommodent bien lorsqu’ils peuvent en bénéficier eux-mêmes.

Et les partis encouragent cela, car d’un côté ils fustigent les renégats qui les quittent et de l’autre accueillent à bras ouverts « les nouveaux frères ». Une forme d’hypocrisie dont la politique se nourrit fort volontiers.  

L’expérience dit que les promesses n’engagent que ceux qui les croient, c’est ainsi qu’à chaque élection il y a de moins en moins de votants. Cela n’empêche pas d’avoir des élus. Dans la pratique, il faudrait supprimer les indemnités qui sont un véritable fléau d’insincérité et les remplacer par un remboursement de frais sur justificatif. Cela demande un effort de gestion, mais dans un souci de transparence à l’image de ce qui commence à se faire à l’Assemblée Nationale c’est une opération réalisable et nous aurions à l'image des bénévoles des clubs des vraies personnes engagées pour leur ville. 

Et pour ceux qui ont oublié ce qu’est le courage.