Une prime de 3 000 euros promise aux enseignants de REP+

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Mardi 3 juillet 2018

Pendant la campagne de la présidentielle, Emmanuel Macron avait promis une prime de 3 000 euros pour les enseignants des quartiers très défavorisés. En septembre, elle sera de 1 000 euros, avant une montée en charge progressive. En 2019-2020, 2 000 euros pourront être versés, avant que la totalité de la somme promise ne soit distribuée en 2020-2021, mais selon des modalités encore imprécises. 
L’éducation prioritaire vise à réduire les écarts de réussite entre les élèves scolarisés dans certains territoires qui rencontrent de grandes difficultés sociales et les autres élèves. Cette politique prévoit un ensemble d’orientations et de moyens d’action afin d’adapter et de renforcer l’action pédagogique et éducative dans les écoles et collèges de ces territoires.

L’éducation prioritaire s’appuie sur des réseaux d’éducation prioritaire : les REP et les REP+. 

Chacun de ces réseaux est constitué d’un collège et d’un ensemble d’écoles maternelles et élémentaires rattaché à l’établissement scolaire. Dans les REP, 55% des élèves  appartiennent aux catégories socioprofessionnelles les moins favorisées. En REP+, ce pourcentage atteint près de 70% (la moyenne nationale est d’environ 40%).

Être enseignant en éducation prioritaire, c’est aussi bénéficier d’un déroulement de carrière avantageux et d’une rémunération complémentaire, en reconnaissance de l’investissement professionnel que cela représente.

  • une mobilité facilitée : enseigner en REP permet d’obtenir davantage de points de bonification qui sont pris en compte lors des campagnes de mobilité.
  • un régime indemnitaire revalorisé depuis la rentrée 2015 : la prime annuelle s’élève à 1734 euros bruts pour les enseignants exerçant en REP et à 2312 euros bruts pour ceux exerçant en REP+, ce qui équivaut à un treizième mois.

Quelles sont les difficultés que rencontrent les enseignants de REP et REP+ 

« Les enfants nous testent et se testent entre eux ; ça parasite la classe. On retrouve ça dans d'autres écoles, mais ici, en plus, ils ont l'habitude de la loi du quartier, alors certains adoptent des attitudes de caïds, dès le CP ça se voit dans leur démarche. Leur modèle, c'est un modèle de bad boy. Et puis les enfants viennent à l'école avec des choses dans la tête – tous les problèmes du quartier, qui vont les encombrer pour bien apprendre » détaille un enseignant.

« Les enfants du quartier sont différents dans leur rapport à l'adulte et à l'autorité, même si c'est un phénomène qui a tendance désormais à transcender toutes les catégories socioprofessionnelles. Ils ont un rapport inadapté, selon nous, à l'adulte. Leur place, leur statut, leur pouvoir au sein de leur famille est, selon nous, disproportionnée. L'enfant, dès le plus jeune âge, a le pouvoir au sein de sa famille ; il décide de ce qu'il mange, du moment où il mange, comment il s'habille, du moment où il va dormir, etc. L'enfant est dans une situation de choix complètement inadaptée. En arrivant à l'école, l'enfant trouve un adulte qui lui dit qu'il n'a pas le droit de faire ce qu'il veut quand il veut. Pour lui faire comprendre, on maintient notre position fermement, le temps qu'il faut. En faisant aussi attention, à la maternelle, de ne pas faire peur aux plus petits ».

Cette prime concernera les 41 000 enseignants de maternelle, élémentaire et collège en REP+, mais aussi les chefs d'établissements et les agents administratifs. Dans ces établissements situés dans des quartiers défavorisés et où les classes de CP ont été dédoublées à la rentrée 2017, les enseignants touchaient déjà une indemnité de 2 300 euros par an. Avec 3 000 euros de plus, cela fait 450 euros par mois. Toutefois, il y a un mais..., explique Édouard Geffrey, directeur des ressources humaines du ministère de l'Éducation nationale. "Avec simplement cette petite question qui est ouverte, de savoir si un fragment de la prime doit, ou pas, être associé à une dimension collective." Sous-entendu, une part de cette prime pourrait être variable. Elle serait accordée dans sa totalité à l'ensemble des enseignants d'une école ou d'un collège, seulement s'ils ont été performants par rapport au projet collectif de début d'année.

Le ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer voudrait conditionner le versement de cette prime. Une partie pourrait être soumise à la réalisation d'un projet collectif voire aux résultats des élèves. Une forme de "prime au mérite" qui fait écho aux propos tenus par Gérald Darmanin qui avait envisagé "la généralisation de la rémunération au mérité au niveau collectif et individuels" pour les agents publics

Ces projets collectifs et le travail des enseignants pourraient alors être évalués tous les trois ans par une "agence de diagnostic et d'accompagnement", un idée évoquée par l'entourage d'Emmanuel Macron lors de sa campagne. "Cette agence d'évaluation est une possibilité, il y en a d'autres", précise le ministère.

Parmi elles: conditionner cette prime au fait de rester plusieurs années dans le même établissement afin de limiter les changements d'équipes pédagogiques. Quant à verser la prime sans condition, le ministère l'avoue, "au final de la négociation, on arrivera peut-être à ce scénario, mais ce n'est clairement pas la direction que le ministre a donnée dans ses différents propos relatifs à cette prime".