Le label cité éducative.

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Jeudi 2 mai 2019

Le dispositif des Cités éducatives, déjà expérimentées à Grigny, à Clichy-sous-Bois et à Nîmes, a pour ambition de "créer une alliance éducative", c'est-à-dire "fédérer tous les acteurs des quartiers prioritaires de la politique de la ville afin d’en faire des lieux de réussite républicaine". Ils ont insisté sur la nécessité d'un "travail étroit entre le maire, le préfet et le directeur académique des services de l’Education nationale" pour "créer un écosystème favorable autour du collège afin d’offrir aux élèves une éducation de qualité pendant le temps scolaire et périscolaire". 

Le dispositif initialement proposé dans le « plan Borloo » de 2018, commence donc à prendre forme. Pour chaque « cité éducative », un collège sera désigné comme chef de file et devra coordonner divers projets, de l’aide aux devoirs à l’insertion professionnelle.

Le principal de l’établissement aura à sa main un financement de 38 000 euros, le « fond de la cité éducative », qui devra permettre de mettre autour de la table tous les acteurs de l’enfance : l’école et le collège, mais aussi la Caisse d’allocations familiales (CAF), la commune, les associations, les entreprises locales recevant des élèves en stage… L’objectif est de prendre en charge tous les moments de la vie de l’enfant et de l’adolescent.

En visite ce  jour à Arras et à Lens, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, et Julien Denormandie, ministre chargé de la Ville et du Logement, ont dévoilé la liste des 80 quartiers éligibles au label Cité éducative.

Les quartiers ont été présélectionnés par les préfets et recteurs parce que ce sont des "grands quartiers d’habitat social de plus de 5.000 habitants, présentant des dysfonctionnements urbains importants et avec des enjeux de mixité scolaire". 

Les collectivités concernées et intéressées par le label doivent aujourd'hui constituer leur dossier de candidature et présenter leur avant-projet d'ici au 30 juin 2019. La labellisation officielle interviendra en juillet, pour être prête pour la rentrée de septembre. Le projet lui-même a jusqu'à la fin de l'année 2019 pour être peaufiné, en vue d'une contractualisation.
En plus du label, "l’État sera là pour les accompagner avec près de 100 millions d’euros engagés sur les trois prochaines années et l’engagement de toute la communauté éducative", indiquent les ministères.

La sélection des territoires labellisés reposera sur un référentiel qui met l’accent sur la qualité du diagnostic initial, la force du pilotage proposé, et la précision des indicateurs de suivi et de résultat. Les territoires doivent présenter les actions, moyens et indicateurs envisagés pour répondre à trois objectifs principaux : conforter le rôle de l’école, organiser la continuité éducative, ouvrir le champ des possibles.

Cette annonce intervient alors même qu’enseignants et parents d’élèves dénoncent la création d’écoles à deux vitesses, de la maternelle au lycée.

Une lettre adressée à la maire Hélène Geoffroy, lui demande de signer à son tour l’appel des maires des villes populaires contre la loi Blanquer.

«  Nous, maires de villes populaires, disons «non» à la loi Blanquer. Au quotidien, nous déplorons le manque de moyens humains et financiers de nos établissements scolaires. C’est indigne de la République. Les enfants et la jeunesse de nos territoires populaires sont notre avenir commun. Nous voyons chaque jour leur créativité et leur intelligence. Ils et elles ont besoin d’une école de l’égalité, de l’émancipation et du progrès social.

Nous, maires de villes populaires, apportons tout notre soutien aux parents d’élèves et aux enseignant·e·s de nos territoires qui se mobilisent contre le projet de loi Blanquer. Cette loi aggravera les inégalités pour les populations de nos villes, réduira la liberté et la dignité pour les enseignant·e·s ainsi que les moyens pour l’école publique. En clair, cette réforme signera la fin d’une conception égalitaire et républicaine de l’Education nationale dont la sélection sociale et la concurrence seront la règle au profit des familles les plus privilégiées.

Nous, maires de villes populaires, affirmons que les inégalités territoriales de moyens alloués à l’éducation sont une réalité. Un rapport parlementaire de mai 2018, sur l’action régalienne de l’Etat en Seine-Saint-Denis, illustre la permanence des inégalités scolaires : tout le long de leur scolarité, les enfants de Seine-Saint-Denis perdent une année d’enseignement par manque de professeur·e·s ou de remplaçant·e·s ; il en est de même de la médecine scolaire, dont 50% des postes ne sont pas pourvus dans le département ; en sixième, seuls 36% des élèves en REP+ et un peu moins d’un élève sur deux en REP maîtrisent à la fois la langue française, les principaux éléments de mathématiques et la culture scientifique, contre deux tiers des élèves hors éducation prioritaire.

Nous, maires de villes populaires, dénonçons un projet de loi qui instaurera une école à plusieurs vitesses, qui accélérera les inégalités scolaires plutôt que les combattre. Ainsi, la scolarisation obligatoire dès l’âge de 3 ans – qui pourrait être une réelle avancée en soit – bénéficiera à l’enseignement privé sous la forme d’une subvention directe de 150 millions d’euros et la création «d’établissements publics des savoirs fondamentaux» menacera les postes de directeurs·directrices d’école. De même, la réforme des spécialités du bac 2021 se ferait au détriment des enfants des quartiers prioritaires.

 Nous, maires de villes populaires, déplorons que cette loi soit une nouvelle pierre à la politique conservatrice et inégalitaire du gouvernement en matière d’éducation : Parcoursup, la réforme du bac et des lycées, le quadruplement des frais d’inscription des étudiant·e·s étranger·e·s, la suppression de 6 000 postes dans les collèges et les lycées… en sont quelques exemples.

Nous, maires de villes populaires, refusons la logique du ministre qui, au nom de l’apprentissage des fondamentaux – lire, écrire, compter – purge l’éducation dans les milieux populaires des apprentissages et découvertes artistiques, culturels, sportifs…

Nous, maires de villes populaires, acteurs et actrices de l’éducation et parents d’élèves rappelons que nos enfants ont besoin :

- De postes supplémentaires d’auxiliaires de vie scolaire pour les enfants porteurs de handicap,

- De postes supplémentaires en Rased (Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté),

- D’une meilleure reconnaissance du travail des enseignant·e·s, notamment par la revalorisation salariale, par des salaires plus attractifs en REP et REP+, par la formation,

- De plus d’enseignant·e·s et de présence humaine dans les établissements scolaires,

- De plus de moyens pour la prévention pour lutter contre les violences dans et à l’extérieur des collèges et des lycées.

Nous, maires de villes populaires, disons au gouvernement que l’école est au cœur de la République, au cœur des quartiers, au cœur du quotidien et au cœur de la réussite de la jeunesse. Nous, maires des villes populaires, disons «non» à la loi Blanquer.

Gilles POUX maire de La CourneuveAzzedine TAÏBI maire de StainsPatrice Bessac maire de MontreuilMeriem Derkaoui maire d’AubervilliersMohamed Gnabaly maire de l’Ile-Saint-DenisCarinne Juste maire de VilletaneuseLaurent Russier maire de Saint-Denis » 

Thomas Petragallo