Tergiverser c’est bien, agir c’est mieux

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Samedi 14 décembre 2019

La COP 25 s’achève avec des décisions qui pour certaines d’entre -elle devront prendre effet au plus tard pour 2050 et des pays qui valident des points mais nous savons pertinemment qu’ils ne seront pas tenus. 2050, une échéance qui sera tardive si l’on s’en tient compte aux rapports des experts concernant le climat.

C’est la jeunesse qui a montré la voie à travers ses actions et déclenché une prise de conscience collective. C’est la jeunesse qui s’alarme encore aujourd’hui et qui va je n’en doute pas porter la préoccupation environnementale car elle comprit que l’inertie des politiques et du monde économique actuel nous conduit vers une impasse.

Voila un exemple d’inertie politique.

En 2008, la commission Européenne publie le règlement qui encadre l’agriculture biologique. Dans le document, il est indiqué que, pour fertiliser les sols, le paysan « bio » ne doit pas utiliser d’excréments provenant d’« élevages industriels », mais Bruxelles laisse le soin à chaque  état membre de préciser ce qu’est un élevage industriel. Ce que font illico les Belges, les Néerlandais et les allemands. Mais pas les Français.

Chez nous, l’institut national de l’origine et de la qualité, qui réglemente les labels dont l’estampille « AB », aura attendu 10 ans pour, en décembre dernier, apporter la précision. A partir de 2020, il sera formellement interdit aux paysans Français en filière bio de faire pousser son blé ou ses fraises sur un sol enrichi avec des matières organiques issus d’animaux « élevés en cage ou en système caillebotis ou grille intégral ». Ce qui concerne l’essentiel des poules pondeuses et la quasi-totalité des cochons.

C’est la que le consommateur qui accepte de dépenser plus d’oseille pour acheter du bio, garanti sans pesticides ni engrais chimiques, découvre qu’une grosse partie des céréales, des légumes et des fruits poussent avec des fertilisants produits dans des porcherie et des poulaillers industriels.

C’est la panique chez les maraîchers, les céréaliers et les vignerons en agriculture biologique : Ou trouver l’azote pour engraisser le sol. Un agriculteur qui se converti en agriculture bio perd jusqu’à 30% de ses rendements quand il arrête les engrais chimiques.  La fédération nationale d’agriculture biologique a lancé un sondage auprès de ses adhérents pour évaluer les conséquences de la restriction. D’après les premiers retours, la moitié des fientes utilisées sortent de poulaillers industriels.

Au premier janvier 2020, ceux qui n’auraient pas trouvé d’autres sources d’approvisionnement risquent d’être déclassés. C’est-à-dire interdit de vendre du bio. Un comble alors que le gouvernement à donné comme objectif de doubler les surfaces cultivées en bio d’ici 2022 pour atteindre les 4 millions d’hectares.

La FNSEA, le principal syndicat agricole qui compte bien profiter du filon bio sonne le tocsin. « On va multiplier par trois les importations de céréales, de légumes et fruits bio ».

Quel va être la décision de notre ministère de l’environnement ? Faire comme pour les plastiques, repousser l’échéance en 2040 ?

Thomas Petragallo