Un quatrième braquage en trois semaines

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Mardi 10 septembre

Qui aurait pu penser que le bureau de tabac du village serait braqué une quatrième fois en trois semaines ?

C’est pourtant ce qui s’est passé ce matin vers 6h30. Un individu est entré avec une arme dans le bureau-tabac. Mais cette fois, le gérant était présent dans le magasin et comme il l’a évoqué dans un article de notre quotidien régional, ce dernier n’a pas laissé faire et a désarmé le braqueur qui s’est enfui non sans asperger le gérant de gaz lacrymogène.

Le gérant a pris un gros risque face à un homme armé, a vouloir s’enflammer la conclusion aurait pu se solder d’une manière dramatique. Fort heureusement il n’en a rien été. Apparemment l’arme est aux mains de la police qui avec un peu de chance pourra recueillir des empreintes et les identifier à partir de l’un de leurs fichiers.

Un sentiment d’exaspération traverse les vaudais. Dans un article du progrès du dimanche 8 septembre, des habitants du Mas du Taureau se sont exprimés pour faire part de leur lassitude face aux incivilités récurrentes qui pourrissent leur vie quotidienne. Certains ont même évoqué vouloir quitter la ville à l’image du couple de retraités vivant aux Minguettes à Vénissieux pousser par leur calvaire quotidien à déménager. 

Au comble de l’exaspération, un collectif d’habitants a lancé un appel à manifestation. Près de 200 personnes se sont retrouvées ce mardi soir place Gilbert-Boissier sous le regard de policiers venus encadrer les protagonistes. Dans le plus grand calme, les habitants ont exprimé leur ras-le-bol.

"Tout l'été, on a eu des tirs de mortiers. Les rodéos, c'est désormais tout le temps" déplore cette femme. A côté, une quinzaine de policiers surveillent. Cela fait grincer des dents. "Ils étaient où ce matin ? Nous, ce qu'on veut, c'est qu'ils soient là tout le temps. Actuellement, on partage la rue avec les dealeurs et les braqueurs, en toute impunité". La drogue est pointée du doigt comme le problème le plus virulent. "On a l'impression que tout le monde ferme les yeux. Place Boissier, ici, à moins de 200 mètres, on a des dealers qui travaillent pendant qu'on parle. Ils mettent les chaises. Ça arrive même qu'ils fassent les merguez. On est où ? Pourquoi on les dérange pas?" lance ce cinquantenaire. "Si on était à Lyon, le ménage aurait déjà été fait" cingle son voisin... commentaires que l’on peut lire dans le progrès recueilli par le journaliste présent.

Un élu de la majorité a particulièrement été intéressé par les interviews, se précipitant pour écouter les conversations n’hésitant pas à contredire les intervenants face aux journalistes. Régis Duvert le conseiller municipal chargé des commerces s’en est même pris aux Bertin trouvant anormal que les deux composantes du couple soient élus municipaux. Celui-ci va surement subir les foudres de son ami et collègue de la majorité Ahmed Chekhab, car cela s’apparente à de la discrimination ! Il lui faut surement une relecture du plan de lutte. Suivant ses convictions c’est sans doute pour cette raison que sa compagne, élu de l’opposition pour le parti communiste a démissionné en début de mandat.

De nombreux élus étaient présents, de la majorité comme de l’opposition. Pas d’écharpes tricolores, Rassemblement dans le calme et la discrétion. L’opposition n’a pas joué la récupération jouant la discrétion. Ceux de la majorité avaient des têtes d’enterrement, manifestation de leur impuissance face à la situation.

Il n’en reste pas moins que l’atmosphère était électrique. Il faut comprendre les habitants, difficile d’avoir le sourire. Madame la maire était absente, préférant faire une communication à travers son compte Facebook. Préalablement elle avait envoyé tous les élus disponibles aux sorties des écoles du village pour dire aux parents d’élèves que tout va bien. Malheureusement Hélène Geoffroy n’a pas du avoir le temps de leur communiquer des éléments de langage, car ils n’ont pas su quoi répondre aux questions et finalement ont quitté rapidement la place.

Hélène Geoffroy a quant à elle fait le tour des commerces pour dire que tout va bien. Il me revient à l’esprit une remarque qu’elle m’avait formulée au cours d’un échange. « De toute façon le mensonge d’un maire sera toujours mieux perçu qu’une vérité de l’opposition ». Le problème dans cette l’histoire c’est que la vérité est difficile à contredire, elle laisse des traces, comme le petit Poucet qui sème des petits cailloux.

Comme par hasard, un fourgon de CRS est resté présent une partie de la journée devant le bureau de tabac, mais ne le sera pas en permanence.

Après avoir signé 2018 dans une réunion exceptionnelle et en grande pompe un plan local de sécurité en réponse à une série d’incidents survenus dans la ville, que nous réserve-t-elle cette fois ?

Au mois de juin à la suite d’un conseil de représentants locaux et de la métropole sur le sujet de la sécurité et de la délinquance, Madame la maire à tenu une conférence de presse et n’a pas apporté de réponse face aux journalistes qui n’ont pu avoir accès aux données. Les données sont sensibles, semble-t-il, preuve que peut être malgré les moyens mis en place, les résultats tardent à venir.

En espérant que les braqueurs seront rapidement appréhendés, reste à savoir quelle sera la sanction, car le problème des multirécidivistes est loin d’avoir trouvé sa solution. Je m’interroge cependant sur les tickets à gratter volés qui sont normalement tracés et détectables lorsqu’on cherche à empocher des gains éventuels. Cela m’étonnerait fort que nos braqueurs n’aient pas cherché à les écouler.

Thomas Petragallo