Les mots ne sont pas que des mots, mais souvent des blessures.

Share

 

Samedi 7 juillet 2018

Ce doit être difficile de voir un navire prendre l’eau et devoir continuer à écoper plutôt que prendre le temps de boucher le trou. Au début, tout le monde fait preuve de solidarité, mais au bout d’un moment, quand même, les plus circonspects commencent à se poser des questions. L'honnête homme est modeste, il remarque les défauts d'autrui et n'en parle jamais. Il espère cependant en son for intérieur que la conscience aidant viennent des jours meilleurs.

Mais substantivement le plus souvent il constate que le réveil tarde à sonner et qu’en finalité c’est lui que l'on respecte le moins.

Il faut laisser du temps au temps lui dit le capitaine. Contente-toi de tenir le rôle que je t’ai attribué et laisse-moi manœuvrer. Moi seul peux tenir la barre et connais la direction. Mais les vents sont contraires, le navire peine à avancer la cale chargée de certitudes. Le capitaine faisant souvent escale pour des raisons de commodités l’équipage à quai attend son bon vouloir.

De guerre lasse notre homme découvre que la diseuse de bonne aventure manipule les cartes à son grès sans forcément savoir lire dans les lames. Ses camarades s’en accommodent et parfois défendent une vérité qui n’est pas. Il lève les bras au ciel attendant une réponse divine. En libérant les âmes du joug du bolchévisme, l’espoir devait renaître, auréolé de promesses qui deviendraient toutes réalités.

Dans les cales du navire, le vin s’est transformé en vinaigre. Il n’est malheureusement plus vendable. Gâcher de la marchandise écœure celui qui n’est pas devenu un apparatchik. « N’oublie jamais qui tu es se dit-il constamment » pour se prémunir. Car les mauvais esprits ne manquent jamais de commentaires. Quelle bêtise que gaspiller un si précieux liquide, il faut avoir la science infuse pour s’imaginer un génie, n’est pas disciple de Bacchus qui veut. Et de faire part de sa lassitude à son maître d’équipage.    

Le maître de chais tendant l’oreille s’en défend, et se donne en spectacle. C’est peut-être le plus réussi de la saison. Ne t’occupe pas de mes affaires et de partir en vrille sur des invectives grossières. On peut être un marin d’eau douce et avoir du vocabulaire, mais Archibald Haddock a dû influencer sa rhétorique.

Et d’étaler sa culture en traitant de « Facho » notre impénitent râleur au lieu de lui adresser un indicible regard. Il est vrai que Benito fut socialiste avant de devenir fasciste. « FA-CHO » deux syllabes qui claquent comme une sentence sans appel. Terme générique pour culpabiliser, censurer, isoler. Fin de non-recevoir, synonyme du fameux « Casse-toi, pauv' con ! Prononcé par Nicolas Sarkozy. FACHO, insulte suprême, dernier avertissement avant le camp de rééducation, carton rouge dans le vocabulaire des bien pensants. Le capitaine aurait-il accueilli en son équipage un néfaste personnage.  

Blessé par cette charge soudaine en termes non avérés et caractérisation politique éloignée de ses pensées, notre homme se défend, mais le maître de chais est pris par le bras et tiré de la scène par le second qui est en fait le troisième voire le quatrième dans l’ordre de succession.

Les matelots lui font la tête ce ne sont pas là des manières, contre vent et marée nous nous devons d’être solidaire ne partageons nous pas la même galère.

Notre homme lui ne tient pas à porter des fers. Il est né libre et entend le rester. Lui ne voit qu’intérêt général la ou la majorité de l’équipage ne voit qu’intérêt particulier. Et de demander des excuses publiques au maître de chais pour ses propos déplacés tout en regrettant le manque de soutien y compris dans son propre carré. la solidarité est rarement du bon coté. 

Ces derniers temps le capitaine est bien occupé et se passerait bien d’un tel remue-ménage. Toujours en quête d’un plus gros navire celui-ci passe beaucoup de temps dans les clubs d’initiés. D’habitude les mutins lui font rarement longtemps ombrage. Ne rien faire est une solution, le temps efface tout ce qui est sans importance. Notre homme ne l’éntend pas de cette oreille. Ouvre les yeux capitaine et voit, j’ai passé l’âge d’être sermonné et injuriés de la sorte. Les mots ne sont pas que des mots et parfois ils demandent justice. À quoi sert une charte ou un plan si par nature personne ne l’applique. Le maître de chais a dépassé les limites s’il ne s’excuse pas c’est qu’il valide ses propos et pour moi cela a de l’importance c’est la seule façon d’effacer cette blessure. Un homme doit toujours se battre pour faire respecter ces principes. 

Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est bien entendu fortuite.