Après le Nouveau Monde, la "renaissance"

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Mardi 26 mars 2019

Quel est l’enjeu des élections européennes ?

J’avoue avoir perdu le fil et la foi dans cette institution et je me demande à cet instant s’il y a un parti français véritablement capable d’imprimer un nouveau souffle européen.  

Trois facteurs me laissent dubitatif. Le premier concerne le manque d’information sur des sujets majeurs tels que le traiter CETA, que l’on découvre pratiquement lorsque l’affaire est conclue, le poids des lobbyistes prime sur l’intérêt général et le sentiment que l’intérêt que les  élus portent à l’Europe n’est pas tout à fait désintéressé.

Il faut dire que le mandat de député européen, et ses indemnités très élevées, est considéré comme un graal pour beaucoup et que c’est une bonne occasion de faire plaisir à quelques personnalités à recaser.

La république « En Marche » est la première à dévoiler une partie de sa liste de 79 candidats.  La tête de liste. Cette annonce intervient cinq jours avant le premier meeting de campagne, prévu samedi à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).  La tête de la  liste baptisée « renaissance », peut-être celle du Nouveau Monde qui a fait émerger les gilets jaunes, est la ministre démissionnaire Nathalie Loiseau.  Son départ, qui interviendra mercredi à l'issue du Conseil des ministres, va entraîner un remaniement gouvernemental. A 54 ans, cette diplomate de carrière s'est affichée pendant un temps comme proche d'Alain Juppé avant de soutenir la campagne d'Emmanuel Macron et d'entrer au gouvernement d'Edouard Philippe en juin 2017.

Le second de la liste est un peu une petite surprise pour ses amis écologistes. Mardi 26 mars, Pascal Canfin, le directeur général du WWF France, a remis sa démission pour se lancer dans la course aux Européennes, en qualité de numéro 2 de la liste LREM. Ce n'est pas une première pour celui qui a déjà exercé un mandat de député européen en 2009 sous les couleurs d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV), avant de rejoindre le gouvernement de Jean-Marc Ayrault en 2012, comme ministre délégué au Développement.

Une défection qui fait bondir des membres d'associations environnementales, mais aussi Yannick Jadot, tête de liste EELV : "Il y a quelques mois, il était en train de dire à quel point il ne pouvait pas rejoindre le gouvernement d'Emmanuel Macron parce qu'il renonçait sur les grands dossiers de l'écologie, le climat, les pesticides, la pollution de l'air", commente l'écologiste. "Depuis, il y a eu d'autres renoncements sur l'obsession nucléaire, sur les pesticides, sur la pollution de l'air."

Dans un entretien accordé au Monde, Pascal Canfin précise qu'il ne va pas adhérer à LREM et qu'il a reçu "les assurances nécessaires" de la part d'Emmanuel Macron en matière d'écologie. Ah ah ah, qu'il prenne conseil auprès de Nicolas Hulot pour ce qui est question d’assurances. A-t-il lu les commentaires en petits caractères en bas de pages ?  

De nombreux habitués des joutes politiques comptent parmi les 30 noms de la liste LREM. Stéphane Séjourné occupe ainsi la 6e position de la liste. Le 15 janvier, il avait démissionné de son poste de conseiller politique d'Emmanuel Macron pour devenir directeur de campagne du parti pour les Européennes. On retrouve également Gilles Boyer, l'ancien directeur de campagne d'Alain Juppé et actuel conseiller politique d’Edouard Philippe.

Un autre écologiste bien connu des politiciens est présent sur la liste en position éligible.  L'ex-secrétaire national du parti écologiste de 2012 à 2013 va se présenter à un second mandat de député européen, cette fois-ci sous la bannière de LREM. Il faut croire que l’écologie même à tout sauf à l’écologie. Il ne manque plus que Daniel Cohn Bendit le copain de François Bayrou pour compléter le lot.  

La liste Renaissance, présentée par le parti comme celle "du rassemblement des pro-européens", compte des membres des mouvements alliés au parti macroniste, à l'image de Fabienne Keller (7e), la vice-présidente d'Agir et proche d'Alain Juppé. Décidément Alain Juppé fraichement récompensé par Emmanuel Macron par une nomination au conseil constitutionnel est fort promoteur.  

Laurence Farreng, proche de François Bayrou et actuelle directrice de la communication de la ville de Pau, se trouve en 15e position sur la liste. Stéphanie Yon-Courtin, maire de Saint-Contest et vice-présidente du conseil départemental du Calvados, ex-élue Les Républicains, est en 13e position. Dominique Riquet, eurodéputé réélu en 2014, représente le mouvement radical et hérite de la 16e position.

Des élus LREM viennent compléter ce bloc politique : en 19e place, Valérie Hayer, membre du conseil départemental de la Mayenne ; en 14e position, Pierre Karleskind, élu de Brest et référent LREM dans le Finistère ; au 20e rang, Christophe Grudler est membre du bureau exécutif national du MoDem et conseiller départemental du Territoire de Belfort ; Véronique Trillet-Lenoir, cancérologue au CHU de Lyon, conseillère régionale LREM en Auvergne-Rhône-Alpes, autrefois socialiste, est en 17e position.

Max Orville, 24e sur la liste, a été tête de liste du MoDem en Martinique pour les élections régionales 2010. Catherine Amalric, médecin et maire adjointe d'Aurillac, est membre du parti radical. Guy Lavocat, 26e, est référent LREM du département du Puy de Dome et siège au bureau exécutif du parti. Xavier Fournier, conseiller municipal à Nantes, occupe le 28e rang. En 29e position, Nawel Rafik-Elmrini est maire-adjointe LREM de Strasbourg, en charge des relations européennes et internationales. Mao Péninou, élu LREM du 19e arrondissement de Paris, occupe la 30e position.

Un ancien ministre italien fait également partie de la liste, à la 22e place. Sandro Gozi a été secrétaire d'État aux Affaires européennes de 2014 à 2018, dans le gouvernement de Matteo Renzi, et membre fondateur du Parti démocrate italien. Il préside aujourd'hui l'Union des fédéralistes européens.

Pour la société civile qui apporte quelques candidats on trouve l'ancien journaliste de France Inter Bernard Guetta et Stéphane Bijoux, qui a longtemps présenté les journaux télévisés sur RFO, occupe aujourd'hui les fonctions de directeur des rédactions de France O et d'Outre-mer La 1ère. Il n’exercera pas ses fonctions pendant la campagne des Européennes. Il est inscrit à la 10e place.

Cette liste continue à marquer la translation  à droite d’Emanuel Macron.

Thomas Petragallo