Réforme de la taxe d’habitation

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Vendredi 16 février 2018

Paru dans la rubrique économie du journal « Le Parisien » du 20/11/2017

«On va voir la différence, ça va faire du bien 

La taxe d'habitation va être progressivement supprimée pendant trois ans : de quoi réjouir une grande partie des foyers français. Même si certains redoutent une perte pour leur mairie.

À Vaulx-en-Velin, commune de la banlieue lyonnaise, la plus défavorisée du département, tout le monde semble déjà très informé des détails de la réforme. Et pour cause : sur les 16 675 foyers fiscaux de la ville, 11 165 sont directement concernés par l'exonération progressive qui démarrera dès janvier prochain. Cumulés aux 4 479 qui en sont déjà exonérés, ce sont 93,8 % des foyers fiscaux qui seront dispensés de payer la facture.

Gérard Joannard, 73 ans, fossoyeur à la retraite, a déjà fait ses calculs : « Aujourd'hui, je paye 700 € par an. Je touche une retraite de 1 300 € par mois, ma femme 1 200 €, on va donc voir la différence, ça va faire du bien. » Le retraité se pose toutefois des questions sur les répercussions de ce cadeau sur les finances publiques. « La mairie risque de perdre. Sera-t-elle vraiment remboursée ? » S’inquiète-il.

Que notre retraité ne s’inquiète pas, Il se situe dans la limite de l’augmentation de la CSG sur les retraites et la verra donc augmenter de 1,7% ce qui risque de réduire considérablement l’effet bénéfice de la déduction de taxe d’habitation d’autant que celui-ci ne sera complet qu’au bout de 3 ans. Attention le calcul du taux de la CSG se base sur le revenu fiscal de référence, ou revenu net imposable, dont le calcul inclut tous les revenus, et pas uniquement la pension de retraite. Alors gare à ceux qui touchent un petit revenu bancaire après de longues années de labeur….

Bilel, enseignant de 42 ans, s'est lui aussi penché sur la question. « C'était une promesse de Macron, mais je ne pensais pas que ça arriverait aussi vite », reconnaît ce père de deux enfants. « En 2016, j'ai payé 1 088 € de taxe d'habitation, l'année dernière 1 500 € parce que ma femme a repris le travail. En 2020, j'en serai exonéré totalement si tout se passe bien », prévoit Bilel. S'il apprécie ce « vrai gain de pouvoir d'achat », lui aussi s'inquiète. « Ce manque à gagner pour la collectivité sera-t-il compensé, et dans quelles proportions ? Et que se passera-t-il après 2022 si Macron n'est pas réélu ? On sera peut-être gagnant sur le court terme, mais sur le long terme... »  Surprise , taxe sur les carburants, augmentation de la TVA ....

A l'hôtel de ville, la maire (PS) constate que la taxe d'habitation est une question sensible. « A chaque réunion publique, les habitants m'interrogent. Ils craignent que les autres impôts, et notamment la taxe foncière, n'augmentent pour compenser », rapporte Hélène Geoffroy qui approuve la suppression. « C'est une taxe injuste dans une commune comme la nôtre car elle est très élevée. Les villes de banlieue ont les bases les plus importantes à cause de la concentration d'immeubles neufs. »

La réponse d’Hélène Geoffroy est quelque peu simpliste, il y a d’une part les valeurs locatives qui n’ont pas été revues depuis 1970 mais surtout le taux communal qui est le plus élevé du Rhône et celui-ci est fixé par la municipalité. Il n’y a rien qui empêche Hélène Geoffroy de le baisser puisque elle trouve que c’est un impôt injuste et élevé sur la commune . D’autre part, il existe des exonérations et des allègements en fonctions des revenus. Sur les 16 675 foyers fiscaux de la ville,  4 479 sont déjà exonérés soit près de 30%. Mais la taxe foncière n’est-elle pas également aussi injuste ? Puisque qu’elle frappe de manière très inégalitaire les propriétaires car sont encore une fois favorisé les ménages des communes les plus aisées.

Le mécanisme de compensation prendra-t-il en compte l'évolution de la démographie ? « Dans une ville qui construit plus de 400 logements par an, une compensation constante serait très dommageable car nous ne serions alors plus en mesure d'assurer les services à la population », souligne l'édile.

Le risque existe et il n’est pas négligeable. Lors des prochaines élections lorsque l’exécutif composé d’une fusion En Marche-PS sera confronté au problème,  Hélène Geoffroy sera bien placée pour revendiquer.