Quand la fiction rencontre la réalité.

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Lundi 25 novembre 2019

J’étais en train de romancer un petit chapitre sur une des activités illicites les plus emblématique d’un quartier d’une ville de banlieue, lorsque un article du « Progrès » en date du 23/11/2019 est venu apporter une concrétisation à ce qui aurait pu s’apparenter à une fiction.   

 https://c.leprogres.fr/edition-est-lyonnais/2019/11/23/trafic-quatre-dealers-presumes-interpelles-aux-barges

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Le jour commence à peine à se lever. Entendant le craquement d’une branche morte un petit lapin traverse furtivement le chemin de halage et se faufile dans un buisson. Un chat en boule à l’abri d’un muret dresse une oreille.

Des hommes tout de noir vêtus et cagoulés avancent lentement et viennent troubler la tranquillité matinale du lieu. Celui qui dirige le groupe tel un chef d’orchestre donne des ordres en faisant des gestes de la main et le groupe se disperse dans un flux parfaitement rodé par l’expérience. Lentement mais avec assurance, ils se placent tout autour d'un des deux immeubles qui constituent le quartier des Targes. En peu de temps toutes les sorties sont contrôlées ne laissant en principe aucune échappatoire possible.

De jours, il est impossible d’approcher les alentours sans se faire remarquer. Le quartier est connu de longue date comme étant un haut lieu du trafic de drogue.

Les scooters ronronnent dès qu’une âme approche n’hésitant pas à apostropher celui ou celle qui s’aventure dans une zone apparemment privatisée. Des sentinelles disposées aux endroits stratégiques signalent les allées venues. Profil recherché : jeune physionomiste, maitrise du deux roues appréciée, disponibilité adaptée aux horaires de vente. Tarif de la prestation, entre 50 et 80 euros la journée.

Les sentinelles sont les yeux de la cité. Chargées de quadriller le quartier, un chaînon indispensable au trafic. Postés en des lieux stratégiques, elles donnent l'alerte si la police ou toute personne «suspecte» pénètre dans un secteur interdit. Chacune doit ainsi assurer la sécurité d’un périmètre précis, sur lequel deux ou trois veilleurs tournent en roulement. Pour les recruter, les dealers n’ont qu’à se pencher au pied des barres d’immeubles ou des jeunes végètent ou bien font marcher le parrainage. Les mineurs sont appréciés car ils ne risquent pas grand-chose si la police les arrête.

En principe, le trafic de drogue est une activité qui se concentre principalement sur quelques quartiers dont celui des barges. Son positionnement géographique lui confère de bonnes dispositions pour permettre d’exercer en relative sécurité. Un ou deux scooters viennent tourner autour de vous, manœuvrent d’intimidations et questionnements sur la nature de la présence. Les clients sont connus et généralement ce sont eux qui emmènent de nouveaux consommateurs avec compensation à la clé. Il faut savoir fidéliser les apporteurs d’affaires.

Et les clients font parfois un long trajet pour venir s’approvisionner. Il n’est pas rare de voir des véhicules aux plaques immatriculées dans un département voisin s’engager dans une des rues perpendiculaires au chemin de halage. En général son conducteur s’arrête attendant qu’un dealer arrive à son niveau, surement suite à un appel téléphonique. Lorsque l’affaire est conclue, un signe et un scooter se fait entendre apportant la marchandise. Tout est bien organisé, rien n’est laissé au hasard.

Au cœur même du quartier, des véhicules filtrent les passages. La journée, il est comme en état d’alerte permanent. Un véhicule traverse la cour, arrive au bout du parking sous les yeux interrogateurs des observateurs dont la discrétion n’est pas la priorité. Il fait demi-tour et s’arrête à la hauteur d’une allée ou un homme cagoulé à hauteur des yeux vient échanger des billets contre quelques marchandise.

Les dealers règnent en maitre et font également pression sur les locataires en imposant leur loi. Il y a un code à respecter sous peine de représailles. Hommes ou femmes sur lesquels se portent les soupçons font parfois l'objet de fouilles et sont avertis «refusez le moindre coup de main de la police». Pour marquer un peu plus les mémoires et le territoire, Il n’est pas rare de voir quelques véhicules bruler.

Il est 6 heures, au signal donné, les forces de l’ordre, lourdement équipés et accompagnés de chiens investissent silencieusement une des allées de l'immeuble. Une partie d’entre eux descend dans les caves pendant que d’autres investissent les étages. Ce sont de longues semaines de filatures et de surveillances, notamment par des écoutes téléphoniques qui permettent de localiser les appartements des dealers. Grace aux téléphones portables introduits en fraude le trafic peut perdurer alors que les donneurs d’ordre sont en prison. Même à distances les caïds ont des yeux et des oreilles.

Les policiers montent les étages et se placent devant un appartement. Le locataire un retraité a été éjecté de chez lui et une boutique ouverte 7 j/7 avec des horaires précis : 13 h - 21 h s’est installée. Les commandes se passent par téléphone pour les habitués de confiance suivi d’une livraison ou d’un retrait en se présentant à la porte aux heures d’ouverture. A l’heure du web 2.0 les méthodes de commercialisation évoluent mais demeure la question du stockage des produits.

Un jour, le maire et quelques adjoints sont venus rendre visite aux habitants. En général en période électorale il est de bon ton de se montrer et de s’intéresser aux problèmes des gens. Dans une ville où chaque voix compte aucun quartier n’est à négliger bien qu’il ne soit pas évidant que ceux des Dunes votent. Une locataire plus courageuse que les autres se plaint du trafic incessant allant jusqu'à montrer à l’édile ou les dealers planquent la came. Celui-ci, au lieu de faire appel à la police pour récupérer la marchandise s’empresse de fermer la porte d’un petit réduit placé à mi- niveau des étages servant de vide-ordure à une époque où les règles d’hygiène étaient moins drastiques qu’aujourd’hui. N’allons pas chercher les histoires ! il est plus sage de rester tranquille.

A l’époque, le deal portait principalement sur du cannabis sous différentes formes (résine, herbe, ..). Aujourd’hui la chute des prix a rendu certaines drogues plus attractive et la cocaïne est devenu un produit commun.

Personne n’a répondu aux sommations. Les policiers forcent la porte et investissent l’appartement sans trouver de résistance, celui est inhabité. La fouille ne donne pas le résultat espéré. Quelques grammes de haschisch et quelque centaines d’euros en argent liquide tout au plus au milieu d’un capharnaüm d’objets hétéroclites de provenances douteuses. C’est juste un comptoir.

Cependant Il faut toujours un peu de chance dans une investigation. Un des chiens se met à japper et gratter la porte de l’appartement d’en face qui semble inhabité. Un des policiers prend son talkie- walkie et lance un appel radio à son supérieur et lui explique la situation. Le feu vert est donné pour fouiller cet appartement. La porte est également forcée. Avec précaution chaque pièce est scrutée et les lieux sont également vides de présence humaine.

Mais cette fois, la prise est d’importance. Deux kilos de cocaïne Plusieurs centaines de grammes de d'héroïne ainsi que des produits de coupage et une balance. Plusieurs dizaines de milliers d’euros ainsi que des téléphones mobiles. Les téléphones mobiles sont une bonne prise car les experts vont peut-être permettre de retrouver divers consommateurs mais également les intermédiaires.

Un des policiers restera pour garder l’appartement jusqu’à ce que la police scientifique se déplace pour relever les empreintes car les dealers sont capables pour effacer des traces de mettre le feu à l’appartement.

La fouille des caves donne également quelques résultats, les policiers découvrent une centaines de grammes de résines de cannabis mais également un lot de vêtements issus du cambriolage d’une boutique quelques jours auparavant. De la drogue, du matériel mais pas d’armes.

Ici nous ne sommes pas dans le domaine du grand banditisme mais dans celui du commerce.

Sans le flair des chiens renifleurs de drogue et la perspicacité des enquêteurs les saisies sont rares.

Mais ce n’est pas cette intervention qui stoppera le trafic, dans quelques jours tout sera à refaire. D’ailleurs la plupart des personnes arrêtées ce jour-là seront libérées dans peu de temps et viendront se pavaner dans la cité.

A la Targe, le même scénario se répète au moins une fois tous les deux ans. L’affaire est trop juteuse pour laisser tomber.

Qui sont les acheteurs ? Difficile de faire un portrait type, toutes les couches de la population sont présentent, de l’étudiant jusqu’au cadre qui viennent acheter ici par ce que c’est moins cher et les vendeurs savent comme dans n’importe quelle autre boutique fidéliser leurs clients. Et les dealers assurent leur sécurité. Que quelqu’un s’avise de toucher à la voiture d’un client, la sanction sera sévère.

Comme dans tout commerce, il y a les grosses structures et les autoentrepreneurs. Il y a encore quelques années la discrétion était de mise. Ne pas faire de vague était la consigne pour commercer en toute tranquillité. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Dealers et consommateurs envahissent les cages d’escaliers et les rues aux yeux et à la vue de tous sans redouter d’être appréhender. Mais que fait la police clament les habitants ? c’est une vrai question.

 

 

Thomas Petragallo