Les hommes font de la terre un grand corps malade

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 Vendredi 27 novembre 2015.

Les discussions vont bon train pour préparer la grand-messe de l’écologie planétaire même si les évènements de ces derniers jours ont quelque peu fait passer au second plan ce rendez-vous planifié de longue date. Le battage médiatique sera bien présent, autant par les bonnes intentions des dirigeants qui ne manqueront pas de s’épancher devant les journalistes que par les mesures de sécurité qui devraient mobiliser une bonne partie des forces de l’ordre.

Pour autant, pouvons-nous être optimistes quant au résultat de ce qui s’apparente plus à une opération de communication qu’a une réelle possibilité de faire changer les choses ? Ne nous leurrons pas, trouver des compromis qui conviennent à tous les pays est une mission impossible. Les intérêts des uns se heurtent aux nécessités de développement des autres.    Il faudra sans doute attendre la COP41 pour que des mesures radicales soient prises, mais d’ici là,  le processus déclenché par l’activité humaine sera malheureusement irréversible.

Quelles seront les conséquences du changement climatique si celui-ci dépasse les deux dégrées que les scientifiques s’accordent à considérer comme « gérable ». À vrai dire personne ne le sait,  ou bien peut être ceux qui commencent à être sérieusement concerné par la montée des eaux comme les habitants des iles Kiribati qui s’annoncent comme les premiers migrants du changement climatique. Leur président a beau alarmer le monde, mais il trouve peu d’échos favorables  auprès des autres nations. Celui qui n’est pas concerné a toujours tendance à tourner la tête.

Quoi qu’il en soit ce n’est pas la terre qui pâtirait des phénomènes enclenchés par l’homme, mais l’homme lui-même. La nature mettrait quelques siècles à retrouver son équilibre, quand l’humanité risque sa survie et celle des êtres vivants qui peuplent notre planète. 

Qui est prêt à revoir ses conditions de vie afin de réduire la production de C02 ? Sur le principe presque tout le monde, dans les faits beaucoup moins de véritables volontaires.

Si l’on considère que le monde est divisé de manière simpliste en deux catégories, les pauvres et les riches,  qu’est prête à consentir chacune d’entre elles pour lutter contre le réchauffement climatique ? Le pauvre, la plupart du temps subit et dans les pays du tiers monde ou faiblement industrialisé n’a que l’alternative de penser à sa survie et à celle de sa famille. La population mondiale est estimée à 7,35 milliards d’individus et continue à croitre.  Plus d’un milliard d’êtres humains vivent avec moins d’un dollar par jour. 3 milliards de personnes, soit près de la moitié de la population mondiale, vivent avec moins de 2 dollars par jour. Qui pourrait empêcher de pauvres gens de déboiser des forêts afin de fabriquer du charbon de bois pour le vendre pour ne citer que cet exemple ou d’être dépendant d’individus peu scrupuleux de la nature.

Dans les pays industrialisés comme le nôtre, même si la prise de conscience environnementale est plus importante,  la faiblesse des revenus de certains ménages limite les mesures qui pourraient être prises individuellement. La possibilité d’amélioration de modes de chauffage consommateurs et peu performants générateurs de gaspillage énergétique en est un exemple. Il est difficile d’accabler le pauvre tant les circonstances atténuantes plaident en sa faveur. Le but d’une civilisation moderne serait de tirer tout le monde vers le haut, c'est-à-dire offrir suffisamment de revenus ou les conditions  pour vivre de manière décente. Lorsque dans les pays émergents les habitants augmentent leur pouvoir d’achat et intègrent la classe moyenne. Ils deviennent dès lors des consommateurs boulimiques. Qui pourrait les blâmer d’avoir envie d’avoir des envies et de les concrétiser alors que depuis plus d’un siècle nous le faisons.    

La seconde catégorie est celle des 20% de la population mondiale qui détient 90% des richesses et de ceux qui possèdent un pouvoir d’achat suffisant pour consommer. D’après François Hollande est considéré comme riche celui qui a plus de 4000 euros par mois de revenus. Comment va-t-il refréner ses désirs alors que son rêve est de prendre l’avion plusieurs fois dans l’année pour découvrir le monde.  16% de la forêt amazonienne a été déboisée lors de ces douze derniers mois, le même processus continu à s’étendre sur les forêts d’Indonésie. L’équivalent d’un terrain de football est déforesté toutes les trois minutes  pour planter des palmiers produisant de l’huile ou pour produire de la pâte à papier. Derrière, il y a un exploitant, un  industriel et des consommateurs. Cela fait tourner l’économie mondiale. Les institutionnels ne pourront agir que de l’ordre de 20% à 25% pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.  C’est au particulier de changer leur habitude et nous n’en prenons pas le chemin. Malgré toutes les recommandations faites dans combien de foyers voyons-nous de l’électroménager ou de l’électronique sous tension sans être utilisés. Le scandale lié aux automobiles Volkswagen a montré que les industriels peuvent être peu scrupuleux en regard de l’environnement.  

Nous pourrions nous étendre pendant des chapitres sur le sujet. Il est important, fondamental même, mais nous ne sommes pas certains qu’il trouve l’adhésion nécessaire. Nous verrons donc ce qui ressortira de la COP21. En tout état de cause, tout l’art de la conclusion va consister à faire ressortir positivement  ce qui ne le sera pas forcement et tout le monde dira tout va bien.

C.A