Les élections approchent, faut-il aller caresser les banlieues ?

Share

 Lundi 26 octobre 2015

 Les banlieues sont malades, sujet bien connu, voilà plus de 25 ans que les médecins sont à leur chevet. De discours convenus en discours convenus, le temps a fait son office,  et malgré les  milliards d’euros investis le résultat n’est pas globalement satisfaisant puisque chaque année voit arriver son plan ou parfois ses plans. Même dans les villes où les investissements ont été massifs, les problèmes subsistent. Autant de faux espoirs  qui ont nourri la certitude que derrière la volonté affichée se cache en réalité des opérations de communication. Les remèdes pour lutter contre le mal des banlieues, qu’ils soient prescrits par des spécialistes de gauche ou de droite n’ont pas eu suffisamment de réactivité pour combattre les effets pervers des « ghettos urbains ». Le problème des banlieues peut-il être résolu de manière politique ? N’est-ce pas la conjoncture qui freine les tentatives d’aplanir les « Ghettos », le chômage beaucoup plus élevé que la moyenne nationale est le facteur qui finit par concentrer les problèmes sociaux et fait monter le communautarisme. Cette situation engendre des frustrations, mais aussi une grande partie des comportements et phénomènes que nous rencontrons. L’économie souterraine en est un exemple.   

Cette fois c’est Manuel Valls et 17 ministres qui mettent les petits plats dans les grands.  Allons-nous assister à une énième série de promesses, car les élections régionales se profilent avec la menace de scores record pour le Front national. Les banlieues étaient jusqu'à présent un réservoir de voix pour la gauche, mais le réservoir à des fuites et vient nourrir l’abstention, mais plus dramatiquement le Front national. Le populiste croit partout en Europe basée sur la crainte non pas de l’autre, mais sur l’angoisse des jours prochains.  C’est la défense de ceux qui se sentent fragilisés, une réponse au profond malaise social.  « Il ne s’agit pas d’un “plan banlieues”, ce serait un contresens, mais un plan d’ensemble, un projet de société répondant aux exigences des Français exprimées le 11 janvier », a martelé M. Valls avec le désir d’ « une République ferme, mais bienveillante, forte et généreuse ». 

Parmi le catalogue de mesure mise en avant par le chef du gouvernement,  qui ne sont ni plus ni moins que des reprises de mesures existantes,  celle que nous avons retenue concerne sur la nécessité de « casser les ghettos ». Les plus pauvres n’iront plus dans les quartiers les plus pauvres. Qu’on se le dise.

Pour cela, renforcement de la loi SRU pour pallier la construction déficitaire de logements sociaux. Le gouvernement français a annoncé ce lundi que l’État allait se substituer aux mairies dans 36 communes, dont 5 sont situées en Rhône-Alpes. On retrouve Charbonnières et Chazay-d’Azergues, dans le Rhône. Les préfets seront appelés à prendre des arrêtés de carence, et à prendre la main en délivrant eux-mêmes des permis de construire et en préemptant le foncier ou des immeubles existants. La possibilité existait déjà dans la loi ALUR.

Dans le même temps, les communes des quartiers prioritaires seront incitées à produire une « offre diversifiée » de logements. Pour peu que ce soit possible, car une ville comme Vaulx-en-Velin est tributaire de nombreux partenaire et n’est pas forcement libre de sa politique. Néanmoins, c’est la voie choisie par la nouvelle équipe municipale qui espère bien rééquilibre ses quartiers difficiles.

Pour appuyer cette volonté de meilleure répartition, les opérateurs et bailleurs sociaux sont appelés à revoir leur politique de loyers : les loyers des logements qui se libèrent seront fixés en fonction des revenus des personnes à loger et non plus en fonction de leur financement initial. Cela permettra, espère le gouvernement, de minorer le loyer d’un logement dans les zones favorisées pour l’attribuer à des familles modestes. Toutes les personnes dont le revenu est au-dessous du seuil de pauvreté (987 euros par mois) ne pourront plus être envoyées dans une commune faisant partie des 1 300 quartiers prioritaires de la politique de la ville. 

Les mesures énoncées par le chef du gouvernement ont-elles une chance de toucher leur cible. Nous ne voulons pas être pessimistes, mais l’expérience nous dicte la prudence. D’autant qu’il faudrait plusieurs mandats pour commencer à voir des résultats. Si l’on prend une référence connue des vaudais, en l’occurrence le « Mas du taureau ». Nous voyons mal, comment sans infrastructure de transport le quartier peut avoir l’espoir d’être redynamisé et attirer des ménages. Au mieux, il va falloir attendre 2035 pour voir le tramway pointer le bout de son nez. C’est peut-être le moment pour Hélène Geoffroy d’aller taper à la porte du ministre des Transports.  

Le problème des relations qui restent tendues entre la police et les jeunes à également été évoqué.   Le gouvernement pourrait annoncer la généralisation des caméras dites "piéton" qui équipent les policiers lors de leurs interventions. Évoquée lors d'un précédent comité interministériel en mars, la mesure qui est bien accueillie par les forces de l'ordre attend toujours de devenir effective.

C.A