L’urbanisme au service de l’humain

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Mardi 10 novembre 2015.

Cela faisait quelques années que nous n’étions pas allés à Bordeaux, quelle découverte de voir cette ville assoupie complètement transformée et modernisée. On aurait dit un cocon qui venait de libérer un magnifique papillon.  Les bâtiments ont retrouvé leur éclat. Les quais qui étaient une suite d’entrepôts désaffectés ont été aménagés. Les nouvelles constructions se marient avec l’existant en parfaite cohérence. On sent que cela a été pensé travaillé. Le tram a permis de désenclaver les quartiers.

Bien sûr, Bordeaux n’est pas Vaulx-en-Velin, nous ne sommes  pas tout à fait  dans le même contexte à la fois financier et politique, car le maire de Bordeaux est aussi le président de la communauté urbaine de Bordeaux et cela doit bien aider quelque peu il faut s’en douter pour trouver des fonds. 

Mais en écho au dernier conseil municipal où l’urbanisme est venu sur le tapis à travers une délibération concernant les évolutions souhaitées par la municipalité sur le PUP Gimenez,  il nous a paru intéressant de prendre part au débat. D’autant que celui-ci s’est limité à quelques critiques soulignant le ridicule de la renégociation mise en avant par madame Bertin. C’est bien de lancer de petits traits d’humour sur une page Facebook suivie par quelques aficionados qui « aime cela », mais cela n’apporte rien de concret sur le fond. Effectivement, le projet initial a été modifié à la marge et ne constitue pas un bouleversement en soi.

C’est en fait grosso modo celui établi par un exécutif qui n’a pas été reconduit par des Vaudais  en 2014. Pour autant, était-ce un bon projet ?  Telle est la question.

Est-ce que  les 20 dernières années ont transformé la ville en matière de « vivre ensemble ». Ce ne semble pas être le cas et pourtant c’était la promesse sous-jacente de l’action municipale. Nous sommes aujourd’hui dans un temps ou la parole doit être mesurée, pourtant il faut avoir le courage de reconnaitre que ce souhait a échoué. Le temps du bla bla bla est donc révolu et il y a peu de marge de manœuvre.

Qu’aurait souhaité réellement la nouvelle municipalité muselée par des accords conclus par avance avec des promoteurs et donc difficilement négociables sans compensations financières.

Christine Bertin apparemment léthargique n’a pas relevé la remarque laconique de Philippe Zittoun, c’est donc Hélène Geoffroy qui a apporté des éléments de réponse en regrettant en premier lieu  que l’équipe précédente se soit empressée de boucler des projets urbains d’envergure alors que les élections  municipales allaient débuter. En second lieu, en précisant que si 1000 mètres carrés d’espace vert en plus semblent anecdotiques c’est considérable en termes de négociation quand un projet est bouclé. Pour conclure en insistant sur la volonté tracée par le Premier ministre d’introduire de la mixité sociale dans les villes défavorisées et le désir de l’exécutif de tendre vers 50% de logements sociaux.

Tout le monde s’accorde à trouver que notre ville possède une situation géographique extraordinaire et un potentiel qui n’est pas suffisamment valorisé. À l’image de Bordeaux,  notre « belle endormie » mérite de prendre un autre virage et préparer son avenir faute de quoi elle sera un élément encore plus visible de la « Fracture territoriale ».

Philippe Zittoun  est-il satisfait de la manière dont la ville a été aménagée ces dernières années. C’est de cela qu’il convient de débattre. Quel projet de ville porte-t-il ? L’exécutif  a-t-il tort de revenir vers plus de mixité sociale à travers l’offre de logements. Des choses ont été faites sur la dizaine d’années écoulées, mais elles donnent le sentiment d’un effet cosmétique au point qu’une bonne partie des vaudais s’interroge sur le fait de quitter la ville. Ça c’est la réalité,  et ce qui les freine c’est le prix de l’immobilier qui a explosé aux alentours de Vaulx-en-Velin, mais pas dans nos quartiers.

Pourquoi Gérard Collomb n’est-il pas venu inaugurer comme prévu les nouveaux logements construits à la Grappinière. Un beau projet pourtant mis en avant sous le mandat précédent. Au service urbanisme il se dit que le mécontentement prévalait à l’enthousiasme et que le projet n’est pas à la hauteur des attentes.

Nous ne voulons pas nous ériger en donneurs de leçon, mais l’urbanisme est la clé de voute du développement économique d’une ville et de sa cohésion sociale. Nous avons largement été alimentés par la nécessité de développer la mixité sociale. Comme celle-ci n’existe que peu ou prou, voilà que la mixité scolaire prend le relais. Il faut compenser les excès par une forme de régulation. Nous voilà de pleins pieds dans la république des quotas pour compenser la république des échecs.

Un effet induit de l’urbanisme qui conduit des parents à demander des dérogations pour scolariser leurs enfants dans « Les meilleures écoles ». C’est le cas d’élus de gauche convaincus, preuve que la nécessité de redessiner une ville cosmopolite et socialement équilibrée est indéniable.  C’est sur ce plan que réside le vrai défi du mandat d’Hélène Geoffroy. Six ans pour donner le sentiment d’inverser la tendance qui prévaut sur notre ville, six ans pour corriger le tir, six pour susciter l’espoir faute de quoi c’est le déclin assuré pour Vaulx-en-Velin. Ce n’est pas beaucoup six ans d’où la difficulté du challenge, car en cas d’échec, c’est la fin des haricots.

Nous voulons rester optimistes, mais cela demande un grand niveau d’abstraction. La situation n’est pas facile, car l’espace de liberté est assez fermé. Prisonnier du  budget de la ville, du plan métropolitain, de l’esprit tortueux de certains élus pour qui populaire rime encore avec plan électoral. 

L’urbanisme est donc une affaire qui requière l’engagement du politique dans un domaine qui n’est pas celui des techniciens. Il ne s’agit pas que de construire, d’appliquer des règles de construction, mais d’assurer la cohérence dans le développement d’un quartier. C’est le politique donc l’élu qui est plus à même de faire partager aux institutionnels, aux promoteurs la vision partagée par l’exécutif porteur de la parole des habitants. Le politique est plus à même que le technicien de « négocier » 1000 mètres carrés supplémentaires d’espace vert ou une réduction de la densification. Là où le technicien s’attache à la réglementation, le politique s’attache à la cohérence. C’est peut-être ce manque de cohérence qui a été délaissé ces dernières années.

Le défi s’annonce d’autant plus grand pour Hélène Geoffroy, que la ville va se restructurer sans l’apport d’infrastructures de transports en commun stratégiques. L’élément fédérateur qu’aurait été un tramway n’est pas envisagé avant 2035. 20 années au mieux sans un moyen de transport dont on connait aujourd’hui l’impact qu’il représente en matière de transfert de population et l’influence sur l’achat. 

Nous pourrions trouver ridicule cette situation. Quatre ZAC et pas de tramway  pourtant cela ne nous fait pas rire et nous n’avons pas envie de dire « J’aime cela ».   

V.L